Le lendemain, il se leva frais et dispos et reprit ses travaux ordinaires, comme si rien d’extraordinaire n’avait eu lieu.
Depuis qu’il avait trouvé une issue, sa captivité ne lui pesait plus, car il était maître de la faire cesser quand cela lui plairait.
Une prison n’existe qu’à la condition qu’on ne puisse pas en sortir, si grande qu’elle soit du reste. Un rocher d’une lieue carrée, au milieu de la mer, n’est pas une prison pour qui peut en sortir et y rentrer à sa guise. Parfois même, il semble trop grand.
CHAPITRE XXII
Comment Marcel, selon la coutume, célébra la fête des souvenirs, et comment cette fête se termina.
Certes, nous n’affirmerons pas que Marcel, après son long voyage de découverte à travers les grottes du Guiers-Vif, avait conservé la même placidité d’esprit qu’auparavant, c’est-à-dire qu’à l’époque où il ne croyait pas à la possibilité d’une délivrance. Son caractère était trop solidement trempé pour que cet incident imprévu réussît à changer sa manière d’être. Cependant, s’il était resté bon, facile, bienveillant pour son entourage, sa gaîté avait presque entièrement disparu. Souvent, il soupirait, et, quelque soin qu’il prît pour tenter de réagir contre ses préoccupations, les journées lui semblaient parfois d’une longueur interminable. Il ne faudrait pas conclure de là qu’il regrettât la généreuse et virile résolution qu’il avait prise.
Bien au contraire ; c’est cette résolution même qui le soutenait et lui donnait le courage d’attendre. Un secret pressentiment l’avertissait qu’il allait recevoir un secours du dehors, bien qu’il lui fût impossible de comprendre comment cet aide promis lui arriverait.
Ce n’était pas sa solitude qui le faisait souffrir. Le sentiment qu’il éprouvait, il ne se l’expliquait pas lui-même. En somme, il était homme, dans la meilleure acception du mot ; mais, s’il possédait la plupart des bonnes qualités de l’espèce, il possédait aussi quelques-uns de ses travers, et il en est un très grand, dont la généralité de la race humaine est atteinte au plus haut point, sans même s’en douter.
Nous allons essayer d’analyser ce singulier travers.
Un grand philosophe, mort depuis longtemps déjà, a dit que tout homme est doublé, sans le savoir, d’un comédien, et que, dans toutes les actions bonnes ou mauvaises de la vie, l’homme se laisse, malgré lui, aller à jouer la comédie.
Un autre philosophe, non moins grand que le premier, mais bien vivant encore, grâce à Dieu ! a tranché d’un seul mot presque cynique la question, en disant tout nettement à ses contemporains, très peu flattés du compliment : « L’homme procède du singe, son ancêtre. »