— Quelles bêtes excellentes et dévouées ! murmura Marcel d’un air attendri. Ne croirait-on pas qu’elles comprennent que je prépare une fête et ne semblent-elles pas s’associer à la joie que je ressens en envoyant, à travers l’espace qui nous sépare, un souvenir à ceux que j’aime et qui m’aiment ?

Il caressa affectueusement les braves animaux, et comme le temps pressait, il se remit à la besogne sans se préoccuper davantage des manifestations singulières de la chère Petiote et de ses enfants.

Il supposait en avoir deviné le motif.

Lorsque la table fut complètement dressée et chargée de tout ce qu’elle pouvait matériellement contenir, Marcel y jeta un dernier et sérieux coup d’œil afin de s’assurer que rien ne manquait et que tout était en ordre.

Nous constaterons avec notre impartialité de narrateurs qu’en réalité cette table avait l’aspect le plus réjouissant et le plus confortablement appétissant, en fait de victuailles. Certes, bien des commerçants, même de Lyon et de Grenoble, n’auraient pu lutter comme somptuosité et bon goût avec ce repas servi par l’industrie active et intelligente d’un seul homme, au milieu d’un désert, et par conséquent avec ses seules ressources.

Son dernier examen fait, Marcel retira de son gousset sa montre, dernier et précieux souvenir de son ancien professeur, Pierre Morin.

La montre marquait juste midi.

Marcel avait fixé d’avance tout un cérémonial pour cette solennité, il n’eût voulu s’en écarter sous aucun prétexte.

Voilà en quoi consistait le cérémonial :

Dès qu’il eut constaté à sa montre que l’heure réglementaire avait sonné, il se rapprochait de quelques pas de la porte et il disait à voix très haute en s’adressant à ses convives fictifs :