— Je suis heureux de vous annoncer, mes amis, que l’heure de notre réunion est venue. Veuillez donc entrer, je vous prie, et prendre votre part du simple déjeûner que je suis si heureux de vous offrir et qui vous attend.
Cette première phrase prononcée du ton le plus affectueux, le jeune homme attendait pendant trois ou quatre minutes, comme pour donner à ses amis le temps de pénétrer dans la salle, puis il reprenait :
— Soyez les bienvenus, mes amis. Les distances n’existent pas pour ceux qui s’aiment. Vous connaissez vos places : veuillez vous asseoir et tout en déjeûnant, nous causerons, cœur à cœur, des jours passés qui peut-être, hélas ! ne reviendront plus !
Mais cette fois les choses se passèrent autrement.
A peine Marcel avait-il prononcé sa première phrase de bienvenue, que plusieurs voix joyeuses d’hommes et de femmes répondirent du dehors :
— Nous voici, cher Marcel, nous voici.
La porte s’ouvrit alors et ses amis, Jacques Chrétien, l’homme au burnous, Pierre Morin et tous les autres firent gaîment irruption dans la salle, joyeusement salués par la meute. Ils entourèrent le jeune homme avec les élans de la joie la plus vive.
Marcel, à cette apparition subite de ses amis qu’il était si loin d’attendre, devint blême : un tremblement nerveux agita tous ses membres ; il chancela et tomba sur une chaise, sans voix, presque sans souffle et jetant autour de lui des regards égarés.
Cet homme si fort et si brave contre la douleur était vaincu par la joie ; la sueur perlait sur son front, des sanglots déchiraient sa poitrine et de grosses larmes qu’il ne songeait pas à essuyer coulaient le long de ses joues pâles.
Ses amis, effrayés de son état et désespérés de le voir ainsi quand ils croyaient lui causer une si agréable surprise, s’empressèrent à qui mieux mieux, pour le secourir et pour le rendre à lui-même.