Mais la réaction se fit vite dans cette noble et généreuse nature. Par un effort immense de sa toute-puissante volonté, Marcel maîtrisa l’émotion qui lui serrait la gorge et le cœur ; il se redressa presque aussitôt fier et rayonnant :
— Merci, mes amis ! dit-il d’une voix tremblante. C’est passé maintenant ! Pardonnez-moi cette faiblesse. J’ai failli mourir. C’était trop de joie pour moi après tant de douleurs. Maintenant, je suis heureux, oh ! bien heureux, je vous le jure, de me voir entouré par tous ceux que j’aime tant. Que Dieu soit béni pour la récompense qu’il me donne, après tant de misères et de douloureuses angoisses. Enfin, je vous revois ! Vous êtes là près de moi ! Nous sommes réunis !
— Pour toujours, garçon ! s’écria Jacques Chrétien.
— Et tu seras heureux, ajoute Pierre Morin.
— Car nous ne nous séparerons plus ! s’écria l’homme au burnous avec élan.
— Merci, s’écria Marcel, les yeux pleins de larmes. Oh ! je savais bien que vous ne m’oublieriez pas !
— Jamais ! s’écrièrent-ils d’une seule voix.
Marcel se jeta dans les bras de sa mère adoptive, il embrassa tous ses amis et fut tour à tour embrassé par eux. La joie de tous était aussi vive que la sienne, et tous pleuraient comme lui. Mais ces larmes étaient bonnes et faisaient du bien. C’étaient des larmes de bonheur.
Lorsque la première émotion fut enfin calmée, chacun prit place et l’on se mit à table dans l’ordre désigné d’avance.
— Malheureusement, mes amis, dit Marcel, notre joie ne sera pas complète. Une place restera vide au milieu de nous, celle de mon aimé et vénéré père, et…