— Ne lui en veux pas de son absence, interrompit vivement Jacques Chrétien ; il lui a été impossible de venir comme il le désirait, mais bientôt, sois tranquille, tu le…

— Que veux-tu dire ? Au nom du Ciel, père ? s’écria Marcel, avec une indicible émotion… Mon père !… Serait-il donc de retour !

— Oui, garçon, réjouis-toi, ton vrai père est revenu et sa plus grande joie sera de te revoir.

— Oh ! tout de suite, tout de suite, s’écria le jeune homme dont l’émotion étranglait la voix. J’aurais été si heureux de le revoir, lui que j’aime au-dessus de tout. Ignore-t-il donc ?…

— Ton père n’ignore rien, Marcel, dit affectueusement l’homme au burnous ; il sait que ton amour pour lui est un culte. Voilà pourquoi il a eu le courage de ne pas venir et de te priver ainsi d’une immense joie. Il a redouté pour toi les conséquences d’une reconnaissance trop brusque.

— Et il a eu cent fois raison, interrompit Pierre Morin, ce qui s’est passé à notre arrivée nous le prouve.

— La joie t’aurait tué cette fois, pauvre enfant ! dit Jeannette avec tendresse.

— C’est vrai ! murmura le jeune homme. Je n’aurais pu supporter un si grand bonheur.

— Mais à présent que tu es averti, que tu sais que ton père n’est qu’à une courte distance, que tu le reverras bientôt, dit Pierre Morin, tu te conduiras en homme et tes amis n’auront rien à redouter de cette entrevue.

— Je te le jure, Pierre, dit le jeune homme avec un sourire radieux. A présent je serai fort.