Peu à peu la conversation reprit son cours normal et la gaîté la plus franche et la plus cordiale ne cessa de régner.

Parfois seulement les dames poussaient de petits cris d’effroi, lorsque les pattes velues des singuliers serviteurs de Marcel changeaient leur assiette ou remplissaient leur verre.

Mais mon ami Pierrot et Mme Gigogne s’acquittèrent de leur emploi avec un sérieux si convaincu et si divertissant, qu’elles ne tardèrent pas à rire et à bourrer de chatteries les deux ours qui se laissaient faire d’un air béat.

Marcel, à la prière de ses amis, leur fit le récit de tout ce qui lui était arrivé depuis la catastrophe qui l’avait relégué sur la corniche. Il raconta tout franchement, sans forfanterie, les joies et les douleurs, ses espérances et ses déceptions ; les travaux qu’il avait accomplis, les moyens employés par lui, les résultats obtenus. Il arriva enfin à la découverte du souterrain des religieux, à l’immense trésor qu’il avait trouvé et auquel il s’était bien gardé de toucher.

Pour mieux intéresser ses auditeurs, il faisait au fur et à mesure passer sous leurs yeux le journal qu’il avait non pas écrit, mais dessiné.

Il était près de cinq heures lorsqu’on se leva enfin de table pour procéder à la visite des bâtiments.

Cette visite ne put être terminée le jour même. Les dames s’installèrent tant bien que mal dans la maisonnette et les hommes s’établirent les uns dans l’habitation, les autres dans la grotte. Marcel offrit en vain tour à tour son lit à son père adoptif, à l’homme au burnous et à Pierre Morin. Ceux-ci déclinèrent nettement cette offre et le jeune homme coucha dans son lit.

Au lever du soleil, ils étaient tous debout et Marcel fit visiter ses domaines.

Quand ils eurent tout vu, les écuries, les bergeries, inspecté les champs en plein rapport, les deux moulins à eau, Marcel s’excusa et les engagea à prolonger sans lui leur promenade pendant qu’il préparait le déjeûner dans l’annexe, afin de ne pas déranger les dames encore endormies. Il n’était en effet que six heures du matin.

— Non pas ! dit vivement Jacques Chrétien, ce soin nous regarde. Nous avons hier accepté ton excellent déjeûner, aujourd’hui tu accepteras le nôtre, garçon. Ne t’inquiète de rien et conduis-nous à ce fameux trésor dont tu nous as parlé. D’ailleurs, nous avons, notre vieil ami l’homme au burnous, Pierre Morin et moi, à te parler de ton père.