— Parlez donc, dit-il vivement, parlez, mon second père.
— Bien, mon garçon, mais la parole, tu le sais, n’est pas mon fait ; si tu me le permets, je passerai procuration à notre vieil ami qui t’expliquera la chose.
— De quoi s’agit-il donc ?
— Tu vas le savoir, curieux, dit en riant Jacques Chrétien. Seulement, conduis-nous au caveau.
— Comme il vous plaira. Suivez-moi.
— Mon cher Marcel, dit alors l’homme au burnous, ton père est de retour en France depuis plusieurs années.
— Comment, il serait possible ? Et il m’a laissé ignorer ?
— Il avait pour cela des raisons sérieuses, mon ami, reprit doucement l’homme au burnous. Ton père voulait faire de toi un homme : il surveillait tous tes pas, était instruit de tout ce que tu faisais. Le souvenir ardent que tu avais conservé de lui dans ton cœur le comblait de joie. Le jour où, à ton retour de Beaurevoir, il t’attendait aux Alouettes, résolu à se faire enfin reconnaître par toi, car il souffrait plus que tu ne saurais l’imaginer de ce long incognito, il voulait enfin t’ouvrir les bras et te dire : enfant, moi aussi je t’aime ; je reviens pour ne plus te quitter.
— Oh ! je n’ai jamais douté de l’amour de mon père. Mon cœur me disait combien il m’aimait, et le cœur ne trompe jamais, ajouta-t-il, avec un sourire radieux. Pauvre bon père ! qui a souffert de si horribles douleurs ! Oh ! je le consolerai, moi, je lui rendrai le bonheur !
— Tu le lui as déjà rendu, enfant, reprit l’homme au burnous avec une énergie profonde. Il sait ce que tu vaux et il est fier de toi. Ta disparition a failli le rendre fou de douleur. Il était revenu d’Amérique plusieurs fois millionnaire ; il voulait partager avec toi ses immenses richesses, mais…