— Que m’importent ses richesses ! C’est lui seul que je veux, lui seul que j’aime. Que mon père me soit rendu et ses baisers me feront riche plus que tout l’or du Nouveau-Monde ! s’écria le jeune homme avec élan.
L’homme au burnous serra avec énergie la main de Marcel.
— Brave cœur, dit-il. Et il continua : Tous ses plans furent brusquement renversés par la catastrophe qui te relégua ici. Mais ni lui ni les autres ne désespérèrent. Ils cherchèrent sans relâche et enfin ils te découvrirent. Les chants que tu as entendus étaient ceux de tes amis. La pierre attachée par toi à une tresse de liane fut abattue d’un coup de fusil par ton père lui-même.
— J’avais deviné presque tout cela.
— Ta position bien établie, les montagnes furent examinées. Enfin, après de longs tâtonnements et après m’être orienté, je résolus de m’engager à tous risques dans les grottes du Guiers-Vif. Je fis part de ce projet à mes amis ; tous voulaient tenter l’épreuve ; mais l’idée était de moi ; on fut contraint de me la laisser exécuter. On ne me laissa néanmoins pas seul ; on m’attendit dans les grottes mêmes. Tu sais comment je parvins jusqu’à toi par une nuit orageuse. Tu gisais sur un lit, brûlé par la fièvre ; tu me pris pour un fantôme. Quelques paroles échappées à ton délire me firent comprendre que tu étais parvenu sur un second plateau où jadis, disait-on, s’était passée une horrible tragédie. Tu me racontas même à peu près cette légende et tu ajoutas que c’était de ce côté que tu espérais te frayer un passage, non seulement pour toi, mais pour tes animaux qu’à aucun prix tu ne voulais abandonner.
— C’est vrai ! et aujourd’hui encore, s’écria-t-il vivement, malgré la joie ineffable qui inonde mon cœur…
— Laisse-moi terminer, enfant, dit avec autorité le vieillard. Je rejoignis nos amis, après avoir fait disparaître, je le croyais du moins, toutes les preuves de mon passage. Je ne voulais pas te laisser un espoir qui peut-être ne se réaliserait pas et je pensais qu’après ton réveil tu croirais à un rêve ou à une hallucination causée par la fièvre.
— En effet, je l’ai cru longtemps, dit Marcel en souriant.
— Je rendis compte de ma mission à ton père. Il approuva ta résolution, mais en même temps il jura de te sauver coûte que coûte. Aujourd’hui cette œuvre de délivrance est enfin accomplie après huit mois de travaux gigantesques.
— Que voulez-vous dire, mon vieil ami ?