— Je t’expliquerai tout cela, sois tranquille.
Voyant que c’était de la part de son ami un parti pris de ne rien dire, Jacques n’insista pas davantage, craignant de lui déplaire, et il l’introduisit dans sa demeure.
Michel se montra affectueux et presque gai avec Jeannette. Il témoigna beaucoup de tendresse à Marcel, qu’il fit placer près de lui à table, et avec lequel il rit et plaisanta pendant tout le dîner, se faisant enfant lui-même pour se mettre mieux à la portée de l’intelligence à peine éclose encore du bambin.
Celui-ci était radieux. Jamais il n’avait vu son père si gai et si aimable pour lui.
Jacques et Jeannette voyaient tout ce manège avec une secrète appréhension ; ils sentaient instinctivement que cette exubérance de joie était forcée, qu’elle était sur les lèvres et à peine au cœur ; ils devinaient qu’elle cachait un problème dont la solution leur échappait, et plus le dîner avançait, plus leur inquiétude devenait vive.
Lorsque le moment de coucher les enfants arriva, Michel prit son fils sur ses genoux, l’embrassa à plusieurs reprises, les larmes aux yeux, le serrant nerveusement entre ses bras et lui répétant à plusieurs reprises d’une voix entrecoupée de sanglots :
— Marcel, n’oublie jamais ton père ! Aime-le bien, car il t’aime plus que tu ne peux le comprendre encore.
— Oh ! je t’aime aussi, mon papa ! répondait l’enfant, lui rendant caresse pour caresse.
— Oui, aime-moi bien ! reprenait Michel, et quoi qu’il arrive, ne m’oublie jamais.
— Jamais, mon papa ! Maman Jeannette, papa Jacques, toi et maman Louise qui est au ciel, je vous aimerai toujours et jamais je ne vous oublierai. Tu verras, mon papa, combien je serai sage afin que tu sois content de moi.