— Cher enfant ! s’écria Michel en l’étouffant de baisers ! Tu me le promets, n’est-ce pas, tu ne m’oublieras pas ?

— T’oublier, mon papa ! Cela serait-il possible ? Je t’aime trop, fit l’enfant en redoublant de caresses, et je travaillerai bien pour te contenter.

— Oui, oui ! fit le père d’une voix étranglée par les sanglots. Oui, travaille, sois sage et surtout deviens un homme comme ton papa Jacques.

— Et comme toi, mon papa ! parce que tu es bon. Je te le promets.

Michel embrassa une fois encore son enfant, dont il semblait avoir une peine étrange à se séparer, et il le remit à Jeannette en lui disant :

— Va dormir, Marcel, et souviens-toi, cher enfant, de ta promesse.

Le fermier, resté seul avec Michel, fumait mélancoliquement sa pipe en fixant un regard triste et inquiet sur son ami, sans oser lui dire un mot, sachant trop bien que les grandes douleurs ne peuvent être consolées que par la sympathie et le silence. Après quelques instants, la fermière rentra.

— Votre chambre est prête, monsieur Michel, lui dit-elle doucement.

Michel releva la tête et essaya de sourire.

— Merci, ma bonne Jeanne, dit-il affectueusement ; cette émotion m’a brisé, mais je ne me retirerai pas encore. J’ai à causer avec votre mari et avec vous, si bonne et si indulgente. Asseyez-vous là entre nous deux. Je tiens à ce que vous entendiez ce que je vais dire.