— Nous voilà tout mouillés, dit gaîment Marcel. Il faut nous sécher à la ferme. Croyez-vous pouvoir marcher jusque-là ? Voici votre bâton que Petiote, qui pense à tout, vient d’aller repêcher. D’ailleurs nous vous soutiendrons.
— Oh ! je suis fort maintenant ! répondit le bonhomme en se levant. Le trajet est court, je le ferai facilement ; du reste, un bain dans cette saison, quoiqu’un peu froid, n’est pas trop désagréable, quand le premier moment de surprise est passé.
— On vient à notre aide, dit Pierre Morin.
— Hé bien ! allons au-devant de nos sauveurs, dit en riant l’homme au burnous ; de cette façon nous leur prouverons que nous sommes bien vivants.
Et ils se mirent gaîment en route. De la ferme, très rapprochée du Guiers-Mort, Jacques Chrétien avait entendu les cris et s’était aperçu de l’accident ; il arrivait en toute hâte avec quelques valets de ferme, pour porter secours aux noyés.
Le retour de Marcel à la ferme fut un véritable triomphe ; son père et sa mère adoptifs l’embrassaient et le félicitaient à l’envi de son généreux dévoûment ; ils pleuraient de joie et lui prodiguaient les plus douces caresses, que le jeune homme, toujours riant, partageait impartialement avec Petiote, dont il ne cessait de célébrer les louanges.
Quant à l’homme au burnous, profondément touché de ce que le jeune homme avait fait pour lui, il lui témoigna dès ce moment la plus vive affection et le traita comme s’il avait été son fils.
Mais d’autres événements n’allaient pas tarder à surgir, qui devaient changer en quelques heures la situation jusque-là si heureuse du jeune homme.
CHAPITRE V
Comment Marcel et l’homme au burnous quittèrent les Alouettes pour faire un voyage d’agrément et ce qui s’ensuivit.
Depuis l’accident terrible dont il avait failli être victime en traversant le Guiers-Mort, l’homme au burnous s’était pris d’une singulière affection pour Marcel Sauvage. Trois et même quatre fois par semaine, on le voyait arriver aux Alouettes, où il était accueilli de la façon la plus cordiale par le fermier, sa femme, ses ouvriers et ses valets de ferme.