Il se rangea de côté et introduisit les visiteurs dans un grand cabinet de travail où plusieurs jeunes gens écrivaient, les uns debout devant des pupitres Tronchin, les autres assis à des tables chargées de papiers et de registres. Les voyageurs ne firent que traverser cette pièce, le concierge s’arrêta devant une seconde porte, qu’il ouvrit en s’inclinant.
Marcel et l’homme au burnous entrèrent.
Ils se trouvèrent alors dans un second cabinet, moins vaste que le premier, simplement, mais confortablement meublé. Un homme était assis derrière une table-bureau encombrée de papiers de toute sorte et écrivait d’un air affairé. Au bruit de la porte se refermant, cet homme leva la tête. C’était Pierre Morin. En apercevant Marcel, il poussa un cri de joie, jeta sa plume, se leva, et se hâta d’aller au-devant de lui. Marcel eut peine à le reconnaître. En effet, Pierre Morin était bien changé, ce n’était plus le même homme ; en quelques mois, il s’était, pour ainsi dire, transfiguré.
Marcel avait en face de lui un homme aux traits mâles et accentués, dont le regard rayonnant d’intelligence respirait la bonté, la confiance en soi, la certitude de sa valeur.
— Te voilà donc arrivé enfin, mon ami ! dit Pierre Morin en embrassant Marcel ! Je suis bien heureux de te voir. J’espère que tu resteras quelque temps avec moi, n’est-ce pas ?… Mais réponds-moi donc, embrasse-moi ! Est-ce que tu ne m’aimes plus ?
— Oh ! peux-tu le penser ? s’écria Marcel en l’embrassant avec effusion. Mais… Il hésita.
Pierre Morin sourit.
— Je devine, s’écria-t-il gaîment. Je suis donc bien changé, que tu hésites à me reconnaître ? Croirais-tu par hasard qu’en changeant de position et de fortune j’aie pu changer de cœur ? Détrompe-toi, Marcel ; je suis toujours le même : je t’aime peut-être aujourd’hui plus que je ne t’ai jamais aimé. Puis-je oublier que c’est à Jacques Chrétien, ton brave père adoptif, et par conséquent à toi, que je dois ce que je suis maintenant ? Aussi, quoi qu’il advienne, lui et toi vous serez toujours mes meilleurs amis.
— A la bonne heure ! Je te reconnais, Pierre. J’ai eu tort de douter de toi. Que veux-tu ? je ne suis qu’un paysan dégrossi, ne sachant rien du monde ; ton costume et tes manières élégantes m’avaient intimidé ; mais c’est fini, embrasse-moi encore une fois pour me prouver que tu ne m’en veux pas.
— Oh ! de grand cœur, s’écria Pierre Morin, en le serrant dans ses bras. Tu me restes, n’est-ce pas ?