En ce moment la conversation fut interrompue par une cloche dont le son grave annonçait la cessation des travaux. Le soleil venait de disparaître sous l’horizon.

Les trois hommes se levèrent. Le souper terminé, l’homme au burnous, après une courte causerie, s’assura que Marcel serait confortablement installé dans une chambre communiquant à celle de Pierre Morin ; puis il prit congé du régisseur et de Marcel, qui le chargea d’une foule de compliments pour son père et sa mère adoptifs ainsi que pour tous les habitants des Alouettes. Le vieillard reprit son bâton ferré et son sac et quitta la ferme.

Marcel avait remarqué que, pendant le trajet assez long qu’ils avaient fait pour atteindre la porte de la ferme, tous les valets, les ouvriers et les employés quels qu’ils fussent de l’exploitation qu’ils avaient rencontrés sur leur chemin s’étaient découverts devant l’homme au burnous et l’avaient salué avec l’apparence du plus profond respect. Ce fait singulier avait surpris le jeune homme qui, revenant en compagnie de Pierre Morin, lui en fit l’observation. Le régisseur eut un bon sourire.

— C’est vrai, dit-il, tout le monde l’aime et le respecte ici. Il n’est personne de nous qui n’ait reçu quelque service de l’homme au burnous. Ce que tu as remarqué est donc de la reconnaissance ; de plus il est très estimé du propriétaire du Beau-Revoir.

— Beau-Revoir ? Qu’est-ce cela, s’il te plaît ?

— C’est juste ! tu l’ignores. Beau-Revoir ou Refuge, tels sont les noms de notre ferme.

— Beaux noms significatifs et qui me semblent bien justifiés, reprit le jeune homme d’un ton convaincu.

Un quart d’heure plus tard, le jeune homme, avec cette insouciance de son âge, dormait à poings fermés dans un excellent lit.

Petiote, selon son invariable habitude, après avoir caressé son maître, s’était étendue sur la descente de lit et s’était aussitôt endormie.

Marcel, bienveillant et d’un commerce facile comme il était, ne tarda pas à être jugé à sa véritable valeur. Deux jours à peine après son arrivée à Beau-Revoir, il comptait autant d’amis que la ferme avait d’habitants. Tous étaient émerveillés du savoir du jeune homme, de son énergie, de sa force, de son adresse, de son habileté en toute chose et surtout de sa modestie.