Lorsque s’apprêta le jour où Marcel devait quitter Beau-Revoir, ce fut une tristesse générale à la ferme, tant le jeune homme avait réussi à se faire aimer par tous ces braves gens.

La veille du jour arrêté pour son départ, Marcel, après son dîner, rentra dans sa chambre afin de faire ses préparatifs de départ.

Il chercha son sac, mais ce fut en vain. Ne le trouvant pas, il était assez embarrassé et ne savait à quoi attribuer cette incompréhensible disparition, quand Pierre Morin entra, tenant à la main droite un énorme sac en peau, considérablement gonflé, et de la main gauche, une gibecière non moins pleine.

— Voilà ce que tu cherches, dit Pierre Morin en riant, ne sois plus inquiet.

— Mais cela n’est pas à moi, s’écria Marcel.

— Si ! c’est ton sac, puisque je te le donne. L’autre était beaucoup trop petit pour ce que tu as à emporter.

— Ah ! fit Marcel, mais cette gibecière, d’où sort-elle ?

— Elle est à toi aussi, ne t’inquiète de rien. J’ai moi-même placé tes vêtements dans le sac ; j’y ai joint quelques objets qui feront plaisir à la ferme ; tout est en ordre, tu n’as plus qu’à dormir sur tes deux oreilles. C’est un peu lourd, en vérité, avec les quelques outils de forme nouvelle que tu porteras en sautoir ; mais je sais combien tu es vigoureux ; j’ai d’ailleurs trouvé le moyen de t’éviter jusqu’à un certain point une trop grande fatigue.

— Bon, lequel ? demanda gaîment Marcel.

— Il y avait celui de prendre une route carrossable et de partir pour Voiron, mais puisque ton amour du pittoresque te force à renoncer à ce chemin de tout le monde, je te ferai conduire en carriole jusqu’au point de la vallée du Graisivaudan où commencera ton ascension alpestre. Ce ne sera qu’un jeu pour toi.