A l’œuvre donc, et bon espoir !
Tout en faisant ces dernières réflexions, Marcel avait rechargé son bagage et repris son bâton ferré. Il n’était plus le même ; on l’aurait cru transfiguré. Son regard étincelait, son visage rayonnait. Il se sentait excité par une ardeur indicible.
— Puisque je suis condamné à robinsonner, dit-il en riant, il est grand temps de commencer ma tâche.
Il quitta alors la grotte et il se mit résolument en route, non plus cette fois pour chercher un passage dont il avait constaté la non-existence, mais dans le but de visiter la corniche en détail, et de s’assurer des ressources qu’elle pouvait lui offrir.
Cette fois, il s’avança directement en avant de façon à couper en deux les champs sur lesquels il était condamné à vivre désormais.
Marcel, tout en marchant, examinait attentivement les arbres, les plantes et jusqu’aux moindres brins d’herbe qu’il rencontrait sur son chemin. Il reconnut bientôt que son domaine temporaire possédait une riche collection de la flore des Alpes, réunissant, grâce à sa situation, les plantes des vallées et celles des sommets. Les arbres composant la forêt qu’il avait traversée et ceux qui formaient çà et là des bouquets éparpillés dans la plaine renfermaient un grand nombre d’essences utiles. Il y revit les noyers entrevus la veille, des châtaigniers, des poiriers et des pommiers sauvages, des pins, des sapins, des hêtres, des bouleaux et des mélèzes, beaucoup d’autres encore, qu’il se promettait d’examiner plus tard avec soin.
Tous ces arbres, la plupart encore dépourvus de leurs feuilles, étaient chargés de nids. Une foule d’oiseaux, pigeons ramiers, bizets, merles, gelinottes, faisans et perdrix, se levèrent et s’enfuirent sur son passage.
Désormais son existence était assurée dans les plus larges conditions.
Il continua sa route vers un bois de châtaigniers dont les larges ramures devaient en été former une voûte impénétrable aux rayons du soleil. La lisière de ce bois était toute rouge de fraises. Marcel ne put résister à l’envie d’en cueillir une provision qu’il dévora avec délices tout en poursuivant sa course.
Une surprise des plus agréables l’attendait à la sortie des voûtes ombreuses du bois ; un lac assez étendu se trouvait en face de lui ; c’était là que la plupart des ruisseaux qu’il avait rencontrés venaient se perdre. Une source tombait en cascade d’un entassement de rochers et fournissait au lac sa plus considérable masse d’eau. Ces roches faisaient partie de cette haute muraille qui reliait la corniche à la partie supérieure de la montagne.