Il découvrit, pendu à un clou, dans un coin du hangar, un chevreau presque entier dépouillé, ouvert et paré aussi bien qu’un boucher de profession aurait pu le faire.
— Bien ! dit Marcel en riant. Ce qui manque doit être dans la marmite. Décidément mon prédécesseur était un sybarite et se nourrissait bien. Je tâcherai de l’imiter.
Le soleil se couchait ; les chèvres étaient de retour depuis quelques instants ; le jeune homme s’empressa de les traire encore une fois ; puis il entra dans la hutte, et, comme l’obscurité commençait à grandir, il alluma la lampe.
Le froid devenait vif, il ferma les volets et la porte simplement au loquet. Il y avait une barre solide pour l’assujettir à l’intérieur ; mais Marcel ne voulut pas se barricader ; en dépit de ses raisonnements pleins de logique, il espérait encore voir revenir celui qu’il avait attendu pendant toute la journée et dont il avait pris la place.
CHAPITRE X
Où Marcel éprouve plusieurs surprises plus agréables les unes que les autres.
La soirée était sombre et sans lune. Au coucher du soleil, le temps s’était mis à l’orage, le vent s’était levé et soufflait avec force.
— La nuit sera mauvaise, dit Marcel, qui était allé dans le hangar chercher un bottillon de paille pour faire un lit à sa chienne.
Il étendit la paille au pied de l’espèce de coffre servant de lit et en forma une litière moelleuse.
Puis il retira la marmite du feu et mit le couvert : une assiette creuse, un verre, une écuelle de lait, un pot d’eau, sa marie-jeanne encore au tiers pleine de vin, une cuiller, une fourchette. Il posa sur une assiette le jambon qu’il avait avec lui, alla couper un triangle du fromage fabriqué par son prédécesseur, prit dans la huche, qui en renfermait deux, une miche à moitié entamée, plaça un escabeau près de la table, et, cela fait, il revint à la marmite, qu’il découvrit.
Un flot de vapeur s’éleva aussitôt et parfuma la pièce d’une odeur des plus appétissantes.