Ho ! ho ! si je ne m’en étais douté depuis longtemps, voilà un fumet qui me dénoncerait les excitants méridionaux si en honneur à Tarbes et autres lieux circonvoisins.

Il ne s’était pas trompé : la marmite contenait un ragoût de haute saveur, fait d’un quartier de chevreau cuit avec des pommes de terre, de l’ail et des oignons auxquels on avait ajouté force sel et poivre.

Il partageait ses mets fraternellement avec Petiote, qui, de son côté, faisait disparaître les os de chevreau avec un entrain admirable. Après le ragoût, Marcel passa au fromage, qu’il trouva d’un goût exquis, très fin et très aromatisé.

— Aussitôt que je serai définitivement installé, dit-il, il faudra que je fasse des fromages et du beurre ; cela me sera facile, puisque voilà une baratte. Mes chèvres me donnent beaucoup plus de lait qu’il ne m’en faut pour ma consommation ; je ne veux pas le laisser perdre. Je vois que je ne manquerai pas d’occupations. De même que Robinson Crusoé, me voilà à la tête de deux habitations, une grotte et une hutte, maison d’hiver et maison d’été ; mais toutes deux sont assez mal closes : elles réclament de sérieuses réparations pour me mettre à l’abri du vent, de la pluie et du froid. Demain, au lever du soleil, après avoir trait mes chèvres, je retournerai à ma grotte, je rapporterai ici tous mes bagages, et je me motivai sans retard à la besogne.

Il quitta alors la table, lava la vaisselle dont il s’était servi et remit tout en place. Cela fait, il arrangea le feu de façon à le faire durer toute la nuit.

— Faisons notre lit, maintenant, dit-il. Il commença par enlever les couvertures et les jeta de côté. — Elles ne sont pas trop mauvaises, dit-il ; bien lavées, elles me seront très utiles. Couchons-nous.

Au même instant la porte s’ouvrit avec fracas ; le vent s’engouffra avec fureur dans la hutte, éteignit la lampe et dispersa les cendres et les tisons du foyer çà et là à travers la pièce. — Voilà une rude bourrasque, dit Marcel, sans autrement s’émouvoir. J’ai cru un instant que mon prédécesseur revenait, et que c’était lui qui annonçait si bruyamment sa présence. Il se hâta de fermer la porte et de rallumer la lampe.

— Ma foi, dit-il en assurant la barre de bois qui faisait une fermeture solide, je me clos parce que j’y suis contraint ; si par impossible le maître de céans venait à rentrer, il en serait quitte pour frapper. Grâce à Petiote, je ne serai pas long à m’éveiller et j’aurai bientôt ouvert.

Après avoir rassemblé les débris épars de son feu et l’avoir suffisamment garni pour le conserver toute la nuit, Marcel se décida enfin à s’étendre sur la paillasse qui lui tenait lieu de lit ; il éteignit sa lampe, s’enveloppa du mieux qu’il put ; il ferma les yeux et s’endormit presque aussitôt. Lorsqu’il s’éveilla, il faisait grand jour. Il se leva d’un bond, il était transi. Son premier soin fut de raviver le feu, dont les flammes bienfaisantes l’eurent bien vite réchauffé. Puis il ouvrit la porte et les volets. Le temps était magnifique ; le ciel était bleu, sans nuages : le soleil brillait et mettait une étincelle à chaque goutte de rosée ; les oiseaux chantaient à pleine gorge sous les frondaisons. Tout était gai et riant autour de la petite hutte champêtre.

Marcel ne tarda pas à subir l’influence de ce réveil joyeux de la nature.