Les chèvres traites allèrent brouter dans les rochers ce chèvrefeuille des Alpes dont elles sont si friandes. Marcel mangea un morceau, puis il siffla sa chienne, prit son bâton et quitta la hutte, dont il laissa la porte ouverte.

Cette fois, au lieu de suivre le sentier, il coupa au plus court en marchant à travers bois, car il avait hâte d’atteindre la grotte. Tout en marchant aussi vite que le terrain accidenté le lui permettait, le jeune homme regardait curieusement autour de lui, non par désœuvrement, mais afin de se rendre compte des essences dont ce bois était composé ; il reconnut bientôt que ces essences étaient nombreuses, mais que les ormes, les frênes et surtout les châtaigniers étaient en majorité. Ces bois étaient précieux pour lui ; il se promit de les utiliser au besoin pour les réparations et les améliorations qu’il avait projetées. Tout à coup il poussa une exclamation joyeuse. Il venait de découvrir tout autour de lui une grande quantité de morilles poussant au bord des fondrières, sous les frênes et les châtaigniers. Quelques-uns même de ces champignons apparaissaient dans les cavités remplies de terre des arbres les plus âgés.

C’était une découverte précieuse, la morille n’ayant pas d’espèces vénéneuses et étant aussi inoffensive qu’agréable au goût.

Il continua donc son chemin. Bientôt il sortit du bois et se retrouva dans la plaine à une courte distance du lac.

Tout était calme et reposé dans la plaine ; une foule d’oiseaux voletaient çà et là. Ce paysage si simple et si primitif, que la main de l’homme n’avait pas encore gâté, avait un aspect pittoresque.

Un lapin partit à l’improviste presque sous les pieds du jeune homme.

— Hé ! mon gaillard, dit gaîment Marcel, en le regardant courir et le menaçant du doigt ; tu as deviné que je n’avais pas mon fusil, hein ? Sois tranquille, toi et tes camarades, vous ne perdez rien pour attendre.

Quelques minutes plus tard, il rentrait dans la grotte ; chaque objet était dans l’état où il l’avait laissé.

— Définitivement, je suis bien véritablement seul ici, murmura-t-il tristement. Il faut que j’en prenne mon parti.

Le retour s’effectua sans incidents d’aucune sorte, et comme Marcel s’était hâté, son absence n’avait pas duré tout à fait deux heures.