Lorsqu’il se fut débarrassé de ses bagages, son premier soin fut de procéder à l’inventaire de ce qu’il possédait.
On se rappelle que, la veille de son départ de la ferme de Beaurevoir, son ami Pierre Morin lui avait enlevé son sac et que, sans le prévenir, il l’avait remplacé par un autre beaucoup plus grand auquel il avait ajouté une gibecière. Le généreux régisseur de la ferme modèle avait exigé de son ancien élève la promesse qu’il n’ouvrirait pas le sac avant d’être arrivé au terme de son voyage.
Malheureusement, depuis cet engagement pris, il s’était passé un événement que ni Pierre ni Marcel n’avaient pu prévoir.
Bien qu’en réalité son voyage se trouvât ainsi terminé de fait, Marcel hésita longtemps avant d’ouvrir le sac. Il se décida pourtant, non sans étouffer un soupir, à procéder à l’inventaire de ses richesses encore ignorées.
Il commença par la gibecière. Celle-ci, à laquelle plus d’un dur assaut avait été déjà donné, était presque vide. Il y trouva au fond trois boîtes de conserves destinées à égayer un déjeûner de la ferme. L’une était plate et renfermait des petits pois ; la seconde, ronde et haute, et la troisième, qui affectait un volume intermédiaire, portaient pour suscription : l’une, salmis de lièvre, l’autre, poulet marengo. Cette découverte imprévue amena un franc éclat de rire sur les lèvres de Marcel.
— Mon ancien professeur me traite en gourmet, dit-il ; je le remercie d’autant plus que, lorsque j’aurai mangé ces excellentes choses, les boîtes de fer-blanc qui les contiennent me constitueront d’excellents récipients.
Dans la valise il trouva encore un livre d’agriculture pratique et un traité de botanique, ouvrages précieux pour lui, puis le reste du jambon et la marie-jeanne contenant encore quelques gouttes de vin.
Le jeune homme détacha le fusil, l’enleva de l’étui et le monta. C’était une arme fort belle, véritable chef-d’œuvre de Lepage. Elle avait un double canon à rubans, était du système Lefaucheux, et le jeune homme ne tarda pas à trouver l’occasion de s’assurer que, portant également le plomb de chasse et la balle, son fusil était d’une justesse de tir incomparable.
A l’étui du fusil était solidement liée une boîte assez longue renfermant un assortiment complet de tous les outils de menuiserie. Pierre Morin avait fait venir de Paris ces outils bien trempés et de forme élégante, parce qu’il savait quel goût son élève avait pour les travaux manuels.
Aussi le visage de Marcel fut-il resplendissant de joie.