Voilà ce qui s’était passé à la ferme, lors de la disparition de Marcel Sauvage. On se souvient que le jeune homme avait fait annoncer à son père adoptif, par l’homme au burnous, le jour précis de son retour à la ferme.

Jacques et sa femme connaissaient de longue date son exactitude dans les grandes comme dans les petites choses. Ils savaient que rien ne pouvait le faire manquer à sa parole, dès l’instant où il l’avait engagée. La première partie de la journée s’écoula gaîment et sans trop d’impatience.

Cependant, le temps, qui avait été fort beau pendant la plus grande partie du jour, s’était gâté tout à coup, comme cela arrive si souvent dans les régions élevées ; une tempête terrible, mêlée d’éclairs et de tonnerres, avait subitement éclaté dans la montagne.

Alors, une inquiétude poignante s’empara du fermier, de sa femme et des amis qu’il avait invités à célébrer avec eux le retour de l’enfant prodigue. C’est ainsi que Jacques Chrétien avait baptisé le matin même, en riant, son fils adoptif.

Vers cinq heures du soir, des nuages d’apparence sinistre avaient commencé à s’étendre sur la vallée, et, pendant près de deux heures, l’ouragan déchaîné avait sévi avec une rage incroyable.

Jacques et sa femme passèrent la nuit entière sans dormir. Jeannette priait en sanglotant et demandait à Dieu de protéger son enfant. Jacques et tous les habitants de la ferme, en proie à la plus poignante anxiété, mais ne connaissant pas l’itinéraire choisi par Marcel, avaient organisé de grandes battues dans toutes les directions, pour aller à la recherche du jeune homme. On supposait que, surpris à l’improviste par l’ouragan, il s’était égaré dans la montagne et n’avait pu atteindre un des nombreux ports ou passages qui descendent dans les vallées.

Le déchaînement de la tempête avait été le signal du départ de tous ces braves gens. Malgré le vent, la pluie, le tonnerre et la fureur insensée des éléments confondus, ils avaient fait des prodiges d’audace et de dévouement.

Malheureusement, ces efforts restèrent sans résultat. Jacques Chrétien rentra le dernier de tous. Il était dans un état effrayant, ses vêtements étaient en lambeaux ; ses mains et son visage ensanglantés.

C’est qu’en effet le fermier des Alouettes s’était réservé la tâche la plus rude et la plus périlleuse.

Il connaissait l’itinéraire suivi par Marcel quand il avait quitté la ferme en compagnie de l’homme au burnous, pour se rendre successivement à Grenoble et à la ferme de Beaurevoir. Il supposa que le jeune homme avait dû reprendre, au retour, la route qu’il avait appris à connaître en allant.