— Je ne dis pas qu’il soit mort, répondait-elle tristement. Je dis que nous ne le verrons plus.
— Allons donc ! s’il est vivant, et je suis certain qu’il en est ainsi, nous allons le voir revenir avant peu.
Jeannette secouait négativement la tête et répétait :
— Tu te trompes ! Il est perdu pour nous. Tu le reconnaîtras bientôt. Je le crois ! je le sens ! j’en suis sûre.
A bout d’arguments, le fermier haussait les épaules et, impuissant à consoler sa femme, il se résignait à la laisser pleurer à chaudes larmes. Deux jours s’étaient écoulés depuis l’ouragan ; ni la poste, ni aucun messager, n’avaient apporté la moindre nouvelle. Jacques, sans en rien dire à personne, commençait à se laisser de nouveau envahir par ses doutes, ses craintes et ses inquiétudes.
Il jeta un long regard autour de lui et tressaillit soudain. Devant lui se dessinait au loin la longue silhouette bien reconnaissable de l’homme au burnous. Le vieux rôdeur de sentiers se dirigeait vers la ferme de ce pas allongé, sûr et rapide, dont il avait l’habitude.
— Bon ! murmura le fermier, dont le visage s’éclaira aussitôt. Voilà des nouvelles qui m’arrivent. Je savais bien que je ne me trompais pas. Et regardant attentivement l’homme au burnous :
— Notre ami ne marcherait pas de ce pas alerte et tranquille s’il avait de mauvaises nouvelles à m’annoncer, ajouta-t-il entre ses dents.
— Hé bien ! ami Jacques, dit celui-ci, lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques pas du fermier, êtes-vous content de Marcel ? Son voyage lui a-t-il profité ?
Le fermier le regarda d’un air ahuri.