Derrière la hutte se trouvait un bois touffu de pins ; les flammes avaient gagné ces branches résineuses et n’avaient pas tardé à anéantir le bois tout entier.
Marcel restait atterré devant un désastre si complet ; ses yeux s’emplissaient de larmes. Rien n’avait échappé à la rage du terrible élément ; tout était anéanti, dévasté. Par surcroît de malheur, le hangar, la hutte et le bois s’étaient trouvés précisément au centre de la région traversée par le cyclone : le vent, la foudre et le feu conjurés s’étaient réunis pour faucher au ras du sol et faire complètement disparaître cette misérable cabane, qui n’avait pu résister à tant d’efforts combinés.
Il frémit en songeant que s’il n’avait pas eu l’inspiration d’aller élire domicile dans la grotte pendant la durée de ses travaux, il aurait été surpris pendant son sommeil par l’ouragan déchaîné.
Il reprit alors la direction de la grotte ; en passant, il jeta un regard sur le jardin potager, et il reconnut avec joie que l’incendie n’y avait causé aucun dommage. Les cultures étaient superbes, les arbres couverts de fruits et les branches pliant sous leur précieux fardeau. Petiote s’arrêta en aboyant à quelques pas plus loin, le long d’un fossé ; Marcel s’approcha vivement ; au fond de ce pli de terrain, il aperçut les trois tonnelets que, lors du transport de l’établi, il y avait fait rouler. Depuis cet incident, qu’il avait complètement oublié, les petits tonneaux étaient restés ensevelis dans leur cachette.
Marcel sauta dans le fossé et examina attentivement les trois récipients ; deux, qui avaient contenu du vinaigre, étaient vides ; pendant leur chute, la bonde avait sauté et tout le liquide s’était échappé. Le baril d’huile, auquel se trouvait une cannelle, avait souffert aussi, une grande partie de l’huile s’était répandue, mais le jeune homme constata qu’il restait encore un bon tiers du précieux liquide.
— C’est peu, dit-il ; mais cela me permettra d’attendre que j’aie fait de l’huile de faînes. Je ne suis pas aussi malheureux que je le craignais ; ces trois barils, bien que vides, sont en excellent état ; ils seront précieux pour moi. Comme il ne faut jamais remettre au lendemain les choses importantes, je reviendrai aujourd’hui même les prendre avec ma brouette. On ne sait ce qui peut survenir, mieux vaut les mettre tout de suite en sûreté. Deux heures plus tard, ce projet était mis à exécution et les trois tonnelets étaient emmagasinés dans la grotte. Après son déjeûner, car sa matinée tout entière avait été prise par son double voyage sur le théâtre du désastre, Marcel se remit à l’œuvre avec ardeur.
Quelques jours lui suffirent pour terminer le placement des poutres du plafond. Sur ce cadre solide, il posa des planches, qu’il eut soin d’assembler à l’aide de tenons et de mortaises de façon à éviter toute solution de continuité. Les poutres restèrent apparentes au-dessous, mais les planches qui les recouvraient formèrent un véritable parquet imperméable. Marcel y pratiqua une trappe assez large, qui put s’ouvrir et se fermer aisément, car il avait résolu d’utiliser ce plancher en en faisant un grenier où il reléguerait tous les objets hors de service ou inutiles.
Il fallut alors établir les pignons du toit et procéder au faîtage. Ce n’était pas une mince besogne.
Il fit alors par hasard une découverte précieuse à laquelle il était loin de s’attendre et qui lui enleva une de ses plus grandes appréhensions.
Marcel avait établi sa cuisine dans un enfoncement de la grotte ; cette cuisine était très étroite et fort obscure. Il désirait fort en établir une autre dans de meilleures conditions. Mais où la mettrait-il ? La place était toute trouvée dans le bâtiment annexe ; mais il lui fallait une cheminée et là était la difficulté. En guise de mortier, il s’était servi jusque-là de la terre provenant du déblai opéré pendant la construction de l’aire ; au moment où il voulut établir ses pignons, il s’aperçut que sa provision de terre était épuisée et qu’il ne lui en restait pas une pelletée. L’inconvénient était facile à combattre. Il prit une bêche et fit un trou. Il prit pour cela un point un peu à l’écart et rapproché du lac afin de laisser libres les alentours de son habitation.