Entre temps, il se rappela les exploits cynégétiques de son enfance et confectionna des collets en jonc, en osier et en fil de fer. Les lapins pullulaient partout sur ses terres ; il tendit, au déclin du jour, ses pièges devant l’entrée d’une douzaine de terriers, et, quand il revint, trois ou quatre heures après, cinq lapins étaient captifs. Il ne s’arrêta pas en si beau chemin et fouilla les terriers. Dans deux d’entre eux, il trouva des petits, déjà assez forts pour être emportés : il les installa dans les cabanes préparées à cet effet, sur une litière bien chaude, et sa garenne fut fondée.

Cette chasse étant destinée à parer aux besoins de l’avenir, Marcel l’abandonna bientôt, se réservant d’ailleurs de rouler, de temps en temps, un lapin dans la clairière.

La basse-cour se peuplait peu à peu. Après y avoir introduit les pigeons et les lapins, Marcel aurait voulu s’emparer de quelques coqs de bruyère et de quelques gelinottes ; mais il ne fallait pas y songer avant le mois de février ; voyant combien il avait encore de temps à attendre, il se rejeta sur le faisan, dont la stupidité est proverbiale et qui se laisse prendre à tous les pièges.

Il partit un beau jour, suivi de Petiote, de Briffaut et de Ravaude, et alla fouiller l’épaisse forêt située à l’extrémité de son domaine. C’était une belle et très froide journée du commencement d’octobre ; il marchait d’un bon pas pour se réchauffer, et il était complètement masqué par le taillis, à une certaine distance de l’extrémité du lac, lorsque, tout à coup, le jour sembla s’obscurcir, et il entendit un grand bruit d’ailes.

Il leva machinalement la tête et poussa un cri de surprise. Il assistait à une passée d’oies sauvages en pleine émigration. Ces oiseaux volaient en rangs serrés avec une extrême vitesse et n’étaient guère élevés de plus de vingt mètres au-dessus du sol. Plusieurs centaines d’entre eux s’abattirent soudain sur le lac.

Marcel était un adroit chasseur. L’occasion qu’il attendait s’offrait ainsi à lui au moment où il y pensait le moins. Il se garda de la laisser échapper. En quelques minutes, il eut abattu ou plutôt démonté huit oiseaux ; les autres s’envolèrent, effarés, poussant des cris de détresse, et rejoignirent la colonne d’émigrants, qui continuait à passer, impassible, sans presser son vol. Les chiens, admirablement dressés, s’étaient précipités à l’eau et avaient délicatement rapporté le gibier à leur maître. La plupart des oiseaux n’avaient que des blessures légères aux ailes ; mais, si leur vol en était rendu impossible, les plaies seraient aisées à guérir.

Marcel se hâta donc d’aller chercher sa brouette et, après avoir fait un premier pansement aux malheureux blessés, les transporta dans son poulailler, non sans avoir pris, pour plus de sûreté, la précaution de leur couper les plumes des ailes.

Sauf une oie qui avait été plus gravement touchée, et dont le chasseur se régala, les autres furent guéries en quelques jours. Bientôt, elles furent apprivoisées et devinrent très familières. Sept oies, dont un jars, étrennèrent la basse-cour. Quelques semaines plus tard, un vol de canards sauvages permit à l’habile chasseur d’augmenter ses pensionnaires d’une douzaine de volatiles.

Marcel fut contraint alors de suspendre ses sorties : le temps était devenu affreux, le froid terrible.

De grands feux, allumés nuit et jour dans les deux cheminées, entretenaient dans sa demeure une température assez élevée.