Tout en buvant son pulque à petite dose, ainsi que doit le faire un gourmet qui apprécie à sa juste valeur la liqueur dont il s'abreuve, il causa avec le chasseur, et peu à peu, soit par l'influence du pulque, soit plutôt par la confiance instinctive que lui inspirait le Canadien, il devint plus communicatif. Ainsi que cela arrive toujours en pareille circonstance, il commença par ses propres affaires et les raconta dans les plus grands détails au chasseur; il lui apprit qu'il était père de quatre fils, guerriers renommés, dont le plus grand bonheur était de faire des courses sur le territoire espagnol, pour brûler les haciendas, ravager les moissons et enlever des prisonniers; puis il lui raconta les voyages qu'il avait faits, et parut vouloir prouver au médecin Deux-Lapins que son grand courage comme guerrier, son expérience et ses vertus militaires ne l'empêchaient nullement, au besoin, de comprendre ce qu'il y avait de noble et de respectable dans la science; il insinua même que lui, bien qu'étant un sachem, il ne dédaignait pas de se livrer parfois à l'étude des simples et à la recherche des secrets de la grande médecine dont le Wacondah, dans sa bonté suprême, avait doté certains hommes d'élite pour le soulagement de l'humanité entière.

Bon-Affût affecta de paraître profondément touché de la considération que le puissant sachem Atoyac portait au caractère sacré dont il était revêtu, et il résolut in petto de profiter des bonnes dispositions de son hôte à son égard pour le sonder adroitement sur ce qu'il avait tant à cœur de savoir, c'est-à-dire, en quel état se trouvaient les jeunes filles et dans quel endroit de la ville elles étaient renfermées.

Cependant comme la susceptibilité des Indiens est excessivement facile à éveiller, qu'il était nécessaire d'user de la plus grande patience, le chasseur ne laissa rien deviner de ses intentions, et il attendit patiemment que le chef lui fournît lui-même l'occasion de l'interroger.

La conversation était devenue à peu près générale; cependant plus d'une heure s'était écoulée déjà, et malgré tous ses efforts aidés par ceux de l'Aigle-Volant, le chasseur n'avait encore pu parvenir à aborder de front la question qui lui tenait tant au cœur, lorsqu'un Indien se présenta sur le seuil de la porte.

—Le Wacondah se réjouit, dit le nouveau venu en s'inclinant respectueusement; j'ai une mission pour mon père.

—Que mon fils soit le bienvenu, répondit le chef; mes oreilles sont ouvertes.

—Le grand conseil des sachems de la nation est réuni, dit l'Indien; on n'attend plus que mon père Atoyac.

—Que se passe-t-il donc de nouveau?

—Le Loup-Rouge vient d'arriver avec ses guerriers, son cœur est rempli d'amertume, il veut parler au conseil. Addick l'accompagne.

L'Aigle-Volant et le chasseur échangèrent un regard.