—Bien, dit-elle, approchez-vous et prenez ma valise; elle est à moitié dégrafée. Je ne veux pas qu'elle demeure entre les mains de ces bandits.
Presque aussitôt la jeune fille sentit les mains de l'inconnu sur la croupe de son cheval. Réunissant les rênes, elle appuya vigoureusement les éperons aux flancs de l'animal, qui hennit de douleur, le fit cabrer et le lança en avant avec une rapidité vertigineuse.
Le cheval partit à fond de train, renversant du poitrail tous les obstacles qui s'opposaient à son passage. La jeune fille entendit un blasphème, une balle siffla à son oreille et perça son chapeau: c'était probablement le bandit qui essayait de se venger du tour qu'elle lui avait joué.
La jeune fille ne s'occupa point de cet incident, elle ne songeait qu'à fuir et à sortir de la mêlée; tout à coup un fracas horrible retentit, une masse de terre et de rochers s'était détachée de la voûte et était tombée à deux pas derrière elle; une seconde de plus elle était engloutie sous les décombres.
Le cheval épouvanté redoubla de vitesse, emportant dans sa course furieuse sa maîtresse à travers la campagne.
Miss Anna était sauvée, provisoirement du moins, du péril le plus grand qu'elle avait à redouter.
Les rochers avaient élevé en s'amoncelant une infranchissable barrière entre elle et ses ravisseurs; malheureusement elle était seule, car elle se trouvait séparée à la fois de ses amis et de ses ennemis, et abandonnée au milieu de la nuit dans un désert inconnu.
Elle continua cette course affolée, poursuivie pendant quelques instants encore par les horribles cris d'agonie des misérables écrasés sous les décombres; puis les cris et le tumulte des combats s'éteignirent peu à peu, tout retomba dans le silence et elle demeura seule, essayant vainement de calmer sa monture et de ralentir sa course furieuse qui augmentait à chaque seconde.
Elle n'avait échappé au péril d'être enlevée et peut-être assassinée par les bandits que pour se voir presque aussitôt exposée à être précipitée dans quelque fondrière ou brisée sur les rochers de la route par un animal emporté que la terreur rendait fou.
La nuit était claire et étoilée, la route large, la jeune fille ne désespéra pas de son salut; renonçant à arrêter son cheval, elle se borna à le diriger autant que possible en ligne droite, tout en lui parlant et en le flattant doucement avec la main, attendant avec le stoïcisme d'un esprit énergique qui a la conviction d'avoir tout fait pour se sauver, soit que le cheval buttât contre une pierre invisible et roulât avec elle sur le sol, soit, ce qui était moins probable, qu'il s'arrêtât de lui-même; préparée à l'un ou à l'autre événement, la jeune fille adressa à Dieu une fervente prière et continua, résignée à ce que le ciel ordonnerait d'elle, sa course fiévreuse dans la nuit.