Ce fut du reste ce qui arriva: le sentier s'élargit peu à peu, devint meilleur, et en résumé, au bout d'une demi-heure à peine, ils galopaient comme s'ils se fussent trouvés sur la meilleure route de la république. D'après l'avis de Matadiez, et sur l'assurance qu'il donna à don Pablo que rien ne pressait et qu'on arriverait à San Nicolas bien avant les Américains, la cuadrilla fit une halte d'une heure, pendant laquelle les chevaux mangèrent leur provende de maïs et d'alfalfa. Ce repos, si court qu'il eût été, rendit cependant à ces nobles animaux toute leur ardeur.

Un peu avant midi, la cuadrilla arriva en vue de San Nicolas, misérable village situé sur le versant d'une colline et habité par de pauvres peones rongés de fièvre et dévorés par la plus affreuse misère.

Tout paraissait calme dans le village; la plus complète solitude régnait aux environs.

On fit halte.

Don Pablo expédia deux cavaliers en avant.

Ces cavaliers revinrent au bout de quelques minutes.

Les Américains n'avaient pas encore paru; on n'en avait pas de nouvelles; ils avaient traversé la veille au soir le pueblo sans s'y arrêter; depuis on ne les avait pas revus.

Matadiez avait strictement tenu sa promesse; non seulement on avait atteint l'ennemi, mais encore on l'avait tourné. Il n'y avait donc plus qu'à l'attendre, et en l'attendant, prendre ses mesures, de manière à l'envelopper si bien qu'il lui fût impossible d'échapper, soin dont s'occupa don Pablo avec une ardeur fiévreuse et sans perdre un instant.

A peine les rancheros avaient-ils terminé leurs préparatifs, que les trompettes américaines résonnèrent avec force à l'entrée du village et l'ennemi parut.

Il arrivait au grand trot, marchant en bon ordre et gardant bien ses approches.