Il y eut entre M. de Clairfontaine et les deux femmes une lutte désespérée de quelques instants.

Don Pablo, M. Prescott et plusieurs rancheros entendant les cris de douleur de miss Anna accoururent en toute hâte, sabrant et renversant tout ce qui s'opposait à leur passage.

M. de Clairfontaine se sentit perdu, par un effort inouï il enleva la jeune fille et la jeta en travers sur le cou de son cheval, en même temps, sortant un pistolet de ses fontes, il fracassa le crâne de la malheureuse Indienne, qui roula sur le sol en lâchant les vêtements de sa maîtresse que jusque-là elle avait tenus serrés dans ses mains crispées.

—Morte ou vive nul ne me l'enlèvera, hurla M. de Clairfontaine avec un rugissement de tigre.

Et enlevant son cheval, il lui fit faire un bond énorme en avant et passa comme un ouragan au milieu des rancheros dont plusieurs furent renversés par ce choc irrésistible.

En vain don Pablo, M. Prescott et leurs cavaliers se ruèrent à la poursuite de M. de Clairfontaine, les Américains se jetèrent entre, eux, et en se faisant tuer avec cette sombre énergie du désespoir qui tient du fanatisme et fait les dévouements, ils donnèrent à leur chef le temps de se mettre hors d'atteinte.

Plus des deux tiers du détachement américain avaient succombé pendant cette sanglante escarmouche, qui cependant n'avait duré qu'une demi-heure à peine; les quelques cavaliers qui avaient échappé à la mort fuyaient épouvantés dans toutes les directions.

Don Pablo avait vaincu, mais, hélas! cette victoire était stérile pour lui, puisque celle pour laquelle il avait si bravement combattu lui échappait.


XV