Fin contre fin.

Ainsi que nous l'avons dit, le président Santa-Anna, trompé par les rapports de transfuges infidèles, et négligeant les avis des personnes bien informées et surtout prudentes de son entourage, s'était, pour le malheur de son pays, arrêté au plan de campagne le plus absurde que jamais eût conçu un général américain, et cependant la plupart des généraux des anciennes colonies espagnoles semblent à plaisir lutter entre eux d'ignorance en fait de tactique militaire. En effet, au lieu d'essayer de couvrir la Veracruz, qu'il savait très sérieusement menacée par le gros des forces américaines, et dont la prise devait inévitablement amener des malheurs irréparables, et peut-être compromettre le succès de la guerre en mettant du premier coup l'ennemi au centre du pays et lui permettant de s'y établir solidement, il quitta Potosí avec toutes ses troupes, s'élevant à plus de vingt mille hommes, tourna le dos à la Veracruz et se dirigea vers la Sierra Madre, se lançant à corps perdu à la poursuite du général Taylor, dont il espérait triompher facilement; sa petite armée ayant été réduite à un très faible effectif, et ce général, peu désireux d'engager une action contre des troupes décuples des siennes, manœuvrant prudemment pour se maintenir dans ses positions sans se laisser entamer.

On ne pourrait croire à une pareille incurie de la part d'un général qui passait alors pour le meilleur manœuvrier de l'armée mexicaine, si les documents historiques n'étaient pas là pour prouver la conception et l'exécution de ce plan insensé.

D'ailleurs, pendant toute cette campagne si glorieuse pour les Américains, les Mexicains semblèrent pris de vertige et firent fautes sur fautes. La fatalité était sur eux, ils étaient condamnés et devaient succomber, et cependant leur cause était juste, ils combattaient pour l'intégrité de leur territoire. Ce fut l'échec éprouvé par le détachement de M. de Clairfontaine qui avertit le général Taylor du mouvement offensif de l'armée mexicaine contre lui et lui révéla le plan du président Santa-Anna.

Lorsque les fuyards rejoignirent l'armée américaine et vinrent en aveugles se jeter dans ses grand-gardes, celle-ci était campée à Agua Nueva, position mauvaise qui pouvait être facilement tournée.

Le général Taylor, reconnaissant la difficulté de la situation, et ne voulant pas y risquer un engagement dont toutes les chances lui seraient contraires, évacua Agua Nueva, après l'avoir incendié, afin d'empêcher les Mexicains de s'y fortifier, et il se retira en bon ordre dans la plaine voisine et s'établit solidement à une lieue environ de l'hacienda de Buena Vista.

Cette fois, la position était choisie avec le tact et le coup d'œil infaillible d'un soldat expérimenté.

L'hacienda de Buena Vista est bâtie presqu'au centre d'une large vallée, comprise entre deux chaînons parallèles de la Sierra Madre; à un mille environ de l'hacienda, les montagnes forment, en se rapprochant, la passe étroite d'Angostura. Cette vallée, d'un accès très difficile, et qui n'a pas plus de deux milles de longueur, est, de plus, coupée dans tous les sens par des ravines profondes.

La position était formidable. Comme la retraite était impossible, l'armée américaine était ainsi placée par son chef dans l'obligation de vaincre ou de mourir.

Les forces du général Taylor considérablement diminuées, ainsi que nous l'avons dit, pour augmenter l'armée du général Scott, ne se composaient plus, en troupes régulières, que de quatre cents hommes d'infanterie, deux cents dragons et quatre batteries d'artillerie, auxquels étaient venus se joindre des volontaires mal exercés encore, mais pleins d'ardeur, dont nous avons vu précédemment quelques-uns aux prises avec les rancheros. Ces différents corps formaient un effectif de quatre mille trois cent cinquante hommes au plus.