Matadiez, au lieu de prendre la bourse, la repoussa par un geste dédaigneux.
—Je n'accepte pas d'argent que je n'ai pas gagné, général, dit-il d'un ton bourru; quant à boire à la santé d'un ennemi de mon pays, jamais je ne le ferai!
—Orgueilleux comme un Castillan, murmura le général; il y aurait pourtant quelque chose à faire de cette race rude et énergique, si on voulait. Et après avoir congédié le Mexicain d'un geste bienveillant, il baissa sa tête pensive sur sa poitrine.
M. de Clairfontaine et Matadiez quittèrent la salle.
Ils montèrent à cheval à l'entrée de l'hacienda et se dirigèrent au galop vers l'endroit où campaient les volontaires commandés par M. de Clairfontaine. Au centre s'élevait un rancho abandonné, qui avait été réparé tant bien que mal par les soldats et servait en ce moment d'habitation au jeune homme.
Le trajet de l'hacienda au rancho fut parcouru en moins de dix minutes; bien que les deux hommes galopassent côte à côte, ils n'échangèrent pas une parole pendant tout le temps qu'il dura.
M. de Clairfontaine réfléchissait, Matadiez, lui, regardait curieusement autour de lui et semblait noter soigneusement dans sa mémoire tout ce qu'il supposait digne d'intéresser soit lui-même, soit les personnes qui lui avaient confié cette mission d'argus.
—Nous voici arrivés, dit M. de Clairfontaine en s'arrêtant devant le rancho et mettant pied à terre en même temps.
Matadiez l'imita.
—Il paraît, ajouta le jeune homme avec un sourire narquois, que si vous ne voulez rien nous dire des mouvements de votre armée, vous ne seriez pas fâché de vous renseigner sur la position de la nôtre.