Deux jours plus tard, M. Prescott et sa fille, confortablement installés dans des palanquins portés par des mules, qu'ils devaient à la sollicitude attentive de don Pablo de Zúñiga, prenaient, escortés par le jeune homme et sa cuadrilla de rancheros, la route de San Luis de Potosí, où ils devaient rejoindre l'armée libératrice, prête à entrer en campagne contre les Américains, sous les ordres du général Santa-Anna, qui avait voulu prendre le commandement en personne.
Don Pablo et doña Anna, oublieux des soucis de la politique, étaient heureux d'être, pour quelques jours du moins, réunis l'un à l'autre, de se voir, de pouvoir se parler; ils jouissaient du présent sans se soucier de l'avenir, et avec cet égoïsme qui caractérise les amoureux, ils ne songeaient qu'à leur amour et au bonheur si doux d'être constamment l'un près de l'autre.
M. Prescott, tout en suivant d'un œil attentif le manège innocent des jeunes gens, savourait avec délices le plaisir beaucoup plus réel pour lui d'être confortablement étendu dans un palanquin à l'abri de toute fatigue.
Le voyage se fit sans événement digne d'être noté, et le neuvième jour après leur départ de Tepatitlan, les rancheros firent leur entrée à San Luis de Potosí.
La ville regorgeait de troupes et ressemblait à un camp; don Pablo de Zúñiga était arrivé juste à temps. Le général Santa-Anna était attendu le lendemain, et l'armée devait immédiatement marcher en avant.
[V]
Deux profils de coupe-jarrets.
A quelques pas seulement de la plaza Mayor, dans une ruelle étroite, sombre et boueuse située presque derrière la cathédrale et nommée le Callejón del Remedio, existait à l'époque où se passe notre histoire—et probablement existe encore à San Luis de Potosí à l'heure où nous écrivons, car le Mexique est le pays du monde où tout, hommes et choses, conserve le plus opiniâtrement sa physionomie et son immobilité de granit en dépit du progrès—une vieille masure, tombant presque en ruines et datant évidemment des premiers temps de la conquête espagnole; les fenêtres étroites garnies de vitres verdâtres, enchâssées dans du plomb et recouvertes de toiles d'araignées séculaires, les murs noirs, enfumés et fendillés çà et là, le sol en terre battue et raboteux, dénonçaient au premier coup d'œil cette masure pour un véritable bouge.
En effet, ce taudis infect, qui suintait le crime et la misère par tous les pores de ses murailles lézardées, était ce qu'à México on nomme un velorio, et servait de refuge aux gens sans aveu et aux bandits de toutes sortes qui d'ordinaire pullulent dans les grands centres de population, mais dont le nombre s'était augmenté dans des proportions considérables, non seulement à cause de la guerre, mais encore grâce aux événements politiques qui avaient plongé le pays dans un état d'anarchie indescriptible.