Celui-ci tout en feignant d'être sérieusement absorbé par la confection d'une cigarette, jeta un regard de côté sur son voisin, et satisfait sans doute du résultat de son examen, il sortit son mechero et battit froidement le briquet.
Le nouveau venu était, en apparence du moins, un drôle de la pire espèce: il avait la taille athlétique, les traits patibulaires, les moustaches outrageusement retroussées, le chapeau penché sur l'oreille; il se drapait orgueilleusement dans un manteau en dents de scie, portait un long couteau dans la botte et une énorme rapière à lourde poignée de fer au côté; c'était en somme, le type complet du bandit mexicain dans ce qu'il a de plus odieux et de plus repoussant, avec cela le ton et les manières d'un gentilhomme.
Après s'être examinés pendant quelques secondes, les deux hommes se saluèrent d'une inclination de tête, et le nouvel arrivé, tordant rapidement une cigarette, s'adressa à l'inconnu.
—Pardon, señor caballero, dit-il avec une politesse exquise, me ferez-vous l'honneur de me prêter votre feu?
—Avec le plus grand plaisir, señor, répondit l'autre en tendant le mechero d'or curieusement ciselé qu'il tenait encore à la main.
—Mille grâces, señor, dit-il en allumant sa cigarette, éteignant le mechero et le rendant ensuite avec un salut à son propriétaire.
En ce moment un peon plaça une mesure d'infusion de tamarin et un gobelet en corne sur la table.
Le nouveau venu se pencha vers l'inconnu, sa mesure à la main.
—Vous en offrirai-je, señor? dit-il.
—Je vous remercie, répondit l'autre; vous voyez, caballero, que j'ai devant moi du mescal, auquel je n'ai pas encore touché.