Il était environ deux heures de l'après-midi, la plus grande chaleur du jour était passée, les boutiques commençaient à se rouvrir, et les marchands placés sur le seuil de leurs portes regardaient en bâillant passer les soldats.

Don Melchior s'avançait à quelques pas en avant de sa troupe; son maintien était froid et compassé, il faisait de vains efforts pour contenir la joie qu'il éprouvait de sentir enfin entre ses mains ses implacables ennemis.

On était sorti de la ville depuis longtemps déjà; le lieutenant qui commandait l'escorte s'approcha de don Melchior.

—Nos gens sont fatigués, lui dit-il, il serait temps de songer à camper pour la nuit.

—Campons, je le veux bien, répondit celui-ci, pourvu que ce soit dans un endroit sûr.

—Je connais à quelques pas d'ici, reprit le lieutenant, un rancho abandonné, où nous serons fort bien.

—Allons y donc alors.

Le lieutenant prit la direction de la troupe et les soldats ne tardèrent pas à s'engager dans un sentier à peine tracé à travers un bois fort touffu. Au bout de trois quarts d'heure environ, ils atteignirent une vaste clairière au centre de laquelle s'élevait le rancho annoncé.

L'officier donna l'ordre à ses soldats de mettre pied à terre.

Ceux-ci obéirent avec empressement; ils paraissaient avoir hâte de se reposer de leurs fatigues.