Un individu armé d'une longue lance se tenait immobile devant la porte, sentinelle placée là sans doute pour veiller à la sûreté générale.
L'aventurier s'arrêta: la situation était difficile; les individus quels qu'ils fussent, réunis dans le rancho, n'avaient négligé aucune précaution au cas où on aurait essayé de les surprendre.
Cependant, plus les difficultés paraissaient grandes, plus l'aventurier comprenait l'importance du secret qu'il voulait surprendre; aussi son hésitation fût-elle courte, et résolût-il, si grands que fussent les risques qu'il lui faudrait courir, de savoir quels étaient les membres de cette réunion clandestine et pour quel motif ils étaient réunis.
Le lecteur connaît assez l'aventurier que nous lui avons présenté sous tant de noms, pour deviner que, une fois sa résolution prise de pousser en avant, il n'hésiterait pas à le faire.
Ce fut en effet ce qui arriva; seulement il redoubla de prudence et surtout de précautions, n'avançant pour ainsi dire que pas à pas et rampant sur la terre avec la silencieuse élasticité d'un reptile.
Au lieu de se diriger directement vers le rancho, il le contourna afin de s'assurer que, à part la sentinelle placée devant la porte, il n'avait pas à redouter d'être découvert par quelque surveillant embusqué sur le derrière du bâtiment.
Ainsi que l'aventurier l'avait prévu, le rancho n'était gardé que par devant.
Il se redressa, et autant que les ténèbres lui permettaient de le faire il examina les environs.
Un corral assez grand, clos par une haie vive, attenait à l'habitation; ce corral paraissait désert.
Don Jaime chercha une ouverture par laquelle il pût se glisser dans l'intérieur; après quelques minutes de tâtonnement, il en découvrit enfin une assez large pour lui livrer passage.