Il entra.
Maintenant les difficultés étaient moindres pour s'approcher de la maison; en suivant la haie il parvint en quelques instants presqu'au mur.
Ce qui l'étonnait, c'était de ne pas avoir été senti et dépisté par le chien qui précédemment avait si brusquement annoncé son approche.
Voici ce qui était arrivé: inquiets des aboiements du chien et craignant qu'il ne révélât par ses cris leur présence suspecte aux Indiens qui à cette heure se rendaient à la ville pour vendre leurs marchandises, les étrangers réunis dans le rancho, confiants dans leur sentinelle pour veiller sur leur sûreté, avaient ordonné au ranchero de faire rentrer l'animal dans l'intérieur de sa maison et de l'enchaîner assez loin pour que ses cris ne fussent pas entendus du dehors dans le cas où la fantaisie d'aboyer lui reprendrait.
Cet excès de prudence, de la part des hôtes provisoires du rancho, permit à l'aventurier de s'approcher non seulement sans être découvert mais encore sans éveiller les soupçons.
Bien qu'il ignorât cette particularité, don Jaime en profita, remerciant tout bas la Providence qui l'avait débarrassé d'un surveillant si incommode.
En examinant attentivement le mur contre lequel il marchait, et en le sondant, il arriva devant une porte qui, par une négligence inconcevable, n'était que poussée, et qui céda à la légère pression qu'il lui imprima.
Cette porte ouvrait sur un corridor fort sombre en ce moment, mais un léger filet de lumière qui filtrait à travers les ais mal joints d'une porte, révéla à don Jaime l'endroit où, selon toutes probabilités, les étrangers étaient réunis.
L'aventurier s'approcha à pas de loups, plaça son œil à la fissure, et regarda.
Trois hommes couverts d'épais manteaux étaient assis autour d'une table encombrée de bouteilles et de gobelets, dans une salle assez grande, autant qu'on en pouvait juger, et éclairée seulement par un candil fumeux placé sur un coin de la table.