Ce jardin était revenu à l'état de nature. On pouvait aisément se croire dans des halliers ou des sous-bois, loin de Paris.

Lautrec fut bientôt l'hôte de ce jardin. Dès la belle saison venue, il descendait de la rue Caulaincourt; et il s'installait dans le jardin de son ami le père Forest.

Tout à son aise, en bras de chemise, son chapeau sur le front, dès «patron-minette!» (expression déformée qu'il affectionnait), il y recevait ses modèles, qui étaient, pour la plupart, des filles du boulevard de Clichy, de la place Blanche et des maisons closes où il allait habituellement.

PHOTO DRUET

DANS LE JARDIN DU PÈRE FOREST

C'est dans ce jardin propice qu'il peignit, en plein air, de nombreux tableaux: La femme à l'ombrelle; La femme au chien; La femme au chapeau noir; La femme au jardin; Pierreuse; Gabrielle; La danseuse; etc., etc.

C'est dans ce jardin encore qu'il termina ce tableau si pittoresque: A la mie. Portrait de son ami Maurice Guibert costumé en barbeau, assis sous une tonnelle, et le nez sur une corne de brie, que devait arroser un litre de vin. Au premier plan, une vieille blanchisseuse était assise, un bras pendant, horrible par son visage et par son caraco blanc!

Quelle nouvelle époque de bon et long travail ce fut pour Lautrec! Toiles et cartons, au hasard de ce qui lui tombait sous la main, étaient criblés de ces hachures de peintre-graveur, qui voulaient exprimer, approfondir de plus en plus le caractère!