M. Gaudin de Villaine.—Messieurs, si j’ai demandé la parole dans cette discussion, ce n’était pas dans la pensée première d’entrer dans le fond du débat et d’étudier la question soumise à vos délibérations dans tous ses replis littéraires, artistiques, financiers et même érotiques! Je comptais laisser ce soin aux orateurs qui monteront à cette tribune après moi; mais j’ai constaté, dès le début de la séance, avec regret, l’absence de mon excellent collègue et ami, M. Dominique Delahaye, dont la présence ici, comme l’a dit en de très bons termes mon collègue M. de Lamarzelle, eût donné à la discussion un intérêt tout particulier.

Ma pensée unique était d’apporter quelques indications préliminaires que je considère comme utiles pour la clarté du débat. J’ajouterai d’ailleurs et immédiatement que, si, dans cette Assemblée, il y a un membre qui ait quelque droit de prendre part à cette discussion, c’est peut-être moi, car, sans mon intervention, sous forme d’interpellation, en date du 14 décembre 1909, ce projet que nous discutons ne figurerait pas à l’ordre du jour d’aujourd’hui, pour la simple raison que l’hôtel Biron aurait cessé d’exister.

M. le rapporteur.—C’est exact.

M. Gaudin de Villaine.—Messieurs, si je crois devoir rappeler brièvement ces souvenirs, c’est qu’ils ont un intérêt d’entière actualité.

Donc, le 13 décembre 1909, je recevais un long manuscrit anonyme dont je pus, dès le lendemain, constater l’exacte sincérité. Ce dossier me révélait tous les dessous de la question du Sacré-Cœur que j’ignorais et, de plus, me prévenait que la vente de l’immeuble était fixée à cinq jours de là, au 18 décembre 1909, soit par lots, soit ensuite dans son ensemble, s’il se trouvait acquéreur assez robuste.

Que me dictait dès lors le bon sens? C’était tout simplement de m’adresser aux ministres compétents d’alors pour savoir où en était la question et pour rechercher si la pensée du Gouvernement était de sauver ce beau domaine du morcellement et de la pioche des démolisseurs. Je m’adressai au ministre des Finances, puis au sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts d’alors, et j’acquis la conviction que le Gouvernement n’avait rien prévu, ne voulait rien prévoir et se désintéressait complètement des suites de cette mise en vente. (Mouvements divers.)

M. Brager de La Ville-Moysan.—C’est malheureusement l’habitude des gouvernements.

M. Gaudin de Villaine.—Ainsi, ce que j’appellerai la bande noire allait faire son office là, comme «aux Oiseaux», à «l’Abbaye aux Bois», et autres lieux. Là encore, tout était prêt, après entente étroite entre les grands profiteurs sémites de la liquidation des congrégations religieuses.

Je sais, messieurs, qu’à la suite de mon intervention, on a fait courir certaines légendes tendant à en diminuer l’opportunité, et l’une d’elles même me vint d’un côté où je ne l’attendais pas. On a cherché à faire croire—illusion douloureuse!—qu’au dernier moment se fût produite telle intervention quasi providentielle qui ramènerait les choses à leur état primitif.

C’était une illusion enfantine de plus, hélas!