Le Gouvernement lâchait pied, malgré «l’ordre du jour» d’usage et de consolation l’assurant de la confiance de la haute assemblée.
Celle-ci avait nettement exprimé sa volonté:
1º Que la vente fût différée;
2º Que l’État étudiât les voies et moyens d’acquisition.
Et, il en fut ainsi (Très bien! sur divers bancs.)
Alors on se demande, messieurs, après toutes ces résolutions d’hier, pourquoi aujourd’hui l’affaire Rodin revient, alors qu’on s’attendait à voir l’hôtel Biron transformé en un palais de passage et d’hospitalité digne de Paris pour les souverains et autres voyageurs illustres en villégiature parmi nous, tandis que tous les espaces libres ou libérés à l’entour formeraient pour le public parisien, un des plus beaux parcs de la capitale. J’en appelle, ici encore, aux souvenirs personnels de l’honorable M. Strauss... (Très bien! très bien!)
Oui, pourquoi cette fantaisie subite, connue excessive par tous les bons esprits, à quelque parti politique ou confessionnel qu’ils appartiennent? Ah! messieurs, c’est que certains appétits n’ont pas désarmé! et derrière le génie très discuté du maître Rodin ou derrière son originalité talentueuse si vous préférez, qui n’est, d’ailleurs, qu’un appât servi à d’aimables épicuriens comme M. Linthilac et ses collègues de la Commission... (Sourires et mouvements divers.)
M. le rapporteur.—Epicuriens mitigés.
M. Gaudin de Villaine.—C’est bien ainsi que je l’entends, m’adressant à l’auteur du rapport... Derrière eux se profilent d’autres spéculateurs dont le Sénat, à, son insu, par le vote qu’on attend de lui, se ferait l’avocat, au détriment du pays, des contribuables et même au détriment du bon sens.
Le 14 décembre 1909, messieurs, j’ai fait perdre à M. Bernheim (l’ancien), c’est-à-dire à la bande noire, la première manche; mais il est d’autres spéculateurs, qui, sans être les parents du premier, sont peut-être ses cousins dans l’exploitation de la misère ou de la bêtise humaine, en travaillant dans cette peinture incohérente qui, aux environs de la Madeleine, exaspère l’œil du passant artiste. Certains de ces spéculateurs masqués n’auraient-ils pas eu la pensée de faire au sculpteur Rodin une réclame sensationnelle, et, en lui obtenant la consécration nationale, de donner à tous les «laissés pour compte» de l’artiste et, à leur profit, une plus-value énorme, faite de snobisme, d’ignorance artistique, de vanités en démence, auprès de certaines poires millionnaires ou milliardaires des deux mondes et, particulièrement, du Nouveau Monde? (Rires.) La question Rodin est, en outre, un numéro de l’asservissement matériel, intellectuel et moral de ce pays, par une secte.