«Quand l’âme nationale est complètement prise par le drame qui se déroule en Picardie... Quand l’envahisseur occupe encore une partie importante du territoire de la République il y a un groupe de parlementaires byzantins qui soulèvent la «question Rodin» et qui font perdre séance sur séance pour faire une réclame colossale en faveur d’un artiste égaré et décadent auquel on devrait faire au moins l’aumône du silence!» (Mouvements divers.)

Cet écho, venu de loin, messieurs, est aussi la pensée du pays! (Vifs applaudissements à droite.)

M. le rapporteur.—C’est une erreur!

M. T. Steeg.—Je demande la parole.

M. le président.—La parole est à M. Steeg.

M. T. Steeg.—Messieurs, le projet de loi qui nous est soumis n’est pas nouveau; si j’interviens dans la discussion, c’est que, dès 1911, d’accord avec mon regretté ami Dujardin-Beaumetz, j’avais, comme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, donné une adhésion de principe au projet de donation qui nous était soumis par M. Rodin.

Les pourparlers se sont prolongés, car les difficultés d’ordre juridique et d’ordre administratif étaient assez nombreuses: M. Bérard et M. Dalimier ont eu la bonne fortune de les résoudre.

Je voudrais vous dire, très rapidement, pourquoi je considère, aujourd’hui, comme il y a cinq ans, les raisons qui justifient, à mes yeux, l’acceptation, par l’État, de l’offre de Rodin.

Parmi les critiques soulevées contre le projet, il en est une qui, si elle était justifiée, ne manquerait ni de force, ni de portée. On nous disait: vous allez instituer une sorte d’orthodoxie d’État en matière d’art. En affectant un établissement public au profit d’un seul artiste, vous ne vous contentez pas de consacrer officiellement le talent de l’homme et la qualité de l’œuvre, vous décernez à cet artiste une sorte de brevet d’hégémonie et de supériorité.

Or, ce n’est pas là le rôle de l’État; il n’a pas à instituer des primautés, à organiser l’apothéose d’artistes encore vivants.