Il faut assurer dans notre pays le culte désintéressé de la beauté et de la vérité. C’est la parure resplendissante de la démocratie française. Cet ornement n’est pas un luxe vain et vaniteux. Il fait rayonner au loin l’esprit de notre peuple.

Restons constants avec nous-mêmes, affirmons-nous tels que nous sommes dans l’épreuve d’aujourd’hui, dans nos préoccupations pour demain. En votant le projet, vous ne ferez qu’ajouter à la vénération grandissante qui, de toutes parts, monte vers la France; vous affirmerez au regard du monde, à cette heure d’héroïsme et de sacrifice, qu’elle maintient sans fléchir cette tradition d’idéalisme qui, dans l’ordre de la beauté comme dans l’ordre de la justice, restera son titre éternel à la reconnaissance des hommes. (Vifs applaudissements.)

M. le président.—La parole est à M. le rapporteur.

M. le rapporteur.—Messieurs, le projet de loi relatif à la donation Rodin pose devant vous une question d’argent et une question d’art. Il y a, à la surface de ces débats une affaire et, au fond, une manifestation soi-disant artistique.

M. Gaudin de Villaine.—C’est bien vrai.

M. le rapporteur.—...Et qui, en fait, a pour complice une querelle d’école. (Mouvement.)

M. Charles Riou.—A cette heure-ci, grand Dieu! C’est bien peu de chose en présence de ce qui se passe!

M. le rapporteur.—Que voilà un argument nouveau dans la question, mon cher collègue!

M. Gaudin de Villaine.—Non, je l’ai fait valoir déjà.

M. le rapporteur.—J’ai dit «querelle d’école». J’ai le droit de le dire, parce que je ne l’ai pas dit dans mon rapport. Je me suis appliqué à ne parler que de l’intérêt du mérite artistique de l’œuvre de Rodin, suivant le mandat que m’en avait donné la Commission, parce que son motif d’acceptation n’était pas autre que l’admiration.