M. Gaudin de Villaine.—C’était le travail d’Hercule!

M. le rapporteur.—Voyons d’abord l’affaire.

Pour vous montrer qu’elle est excellente, je n’aurai pas besoin de longs développements. Voici le fait et les chiffres: M. Auguste Rodin, statuaire, grand officier de la Légion d’honneur, consent à l’État une donation dont la valeur marchande, à dire d’experts, est, au bas mot, de 2 millions et demi. Il y joint celle d’une partie de ses droits de propriété artistique et littéraire, d’un revenu annuel de 20.000 francs environ, et le legs d’une autre partie de ses droits évaluée à 150.000 francs par an.

En échange, le donateur, qui est septuagénaire, demande à l’État donataire d’exposer ses œuvres, sa vie durant et vingt-cinq ans après sa mort, dans l’hôtel Biron et la chapelle désaffectée voisine.

Certains trouvent que ce contrat est léonin de la part du donateur. Ils objectent que le loyer de l’hôtel vaut plus de 2 millions et demi, en capital, de 20.000 francs de revenu immédiat et de 150.000 francs de revenu après décès, car cet hôtel aurait coûté 6 millions à l’État. C’est inexact.

M. Gaudin de Villaine.—C’est le rapport de M. Doumer.

M. le rapporteur.—Attendez! Que votre arithmétique est impatiente. L’État a payé de ce prix l’hôtel et environ 37.000 mètres de terrain, dont les deux cinquièmes, à peu près, ont été occupés par le lycée Duruy. Il a donc payé trois millions et demi les 23.000 mètres de l’enclos Biron, ce qui les met à 150 francs le mètre—lequel vaut 500 francs dans le quartier—et il a eu par-dessus le marché l’hôtel et la chapelle. Pour l’hôtel, n’exagérons rien; sans doute, il a deux façades élégantes, surtout celle du jardin, mais sa construction a été l’objet de vives critiques de la part de l’historien de l’architecture, Jacques Blondel, qui y signale les vices d’une construction hâtive, notamment les porte-à-faux. Et puis, il n’y a plus guère que les murs, car peintures, boiseries, et jusqu’aux rampes des escaliers, ont été mises au pillage. Quant à la chapelle, toute moderne, elle est quelconque.

Or, ce sont ces deux immeubles seuls qu’occupera le futur musée Rodin; le jardin sera ouvert au public, et M. Rodin n’aura que le privilège de s’y promener en dehors des heures ordinaires d’ouverture. Dans l’hôtel lui-même, il n’aura qu’une chambre, car ce n’est pas lui que l’État logera, c’est son œuvre. Tel est ce contrat, qui est bien de l’espèce do ut des, mais je souhaite, pour nos finances, que l’État soit invité à en signer beaucoup de pareils.

La générosité du donateur est évidente à vos yeux, je pense, comme elle l’a été à ceux de votre Commission des Finances, qui vient de conclure au vote d’un crédit de 10.813 francs pour l’installation du futur musée.

M. Gaudin de Villaine.—Ce n’est pas l’avis de M. Aimond: il y a quelque temps, dans les couloirs, il m’a dit tout le contraire.