M. de Lamarzelle.—Bref, c’est très obscur.

M. le rapporteur.—Non pas; comme cela c’est très clair.

M. de Lamarzelle.—C’est au-dessus de ma faculté de compréhension, et je crois que je ne suis pas le seul de cet avis.

Je disais donc que l’avis est venu tout naturellement à certains membres de la Chambre—et je déposerai un amendement dans ce sens—de donner mandat à une Commission, nommée par l’État, de choisir, parmi les œuvres de M. Rodin, celles qui vraiment sont dignes d’être conservées à perpétuité, comme le commande la donation. Ce serait naturellement une Commission de l’académie des Beaux-Arts. Mais quand on parle de celle-ci aux partisans de M. Rodin, ils protestent: «Faire juger Rodin par l’Institut ou par qui que ce soit, mais ce serait un sacrilège, une abomination. Rodin est seul! Rodin est unique!»

M. le président de la Commission.—Nous pouvons vous donner les noms de beaucoup de membres de l’académie des Beaux-Arts qui proclament leur admiration pour Rodin.

M. de Lamarzelle.—Je les connais; mais il n’en est pas moins vrai que les partisans de M. Rodin insultent l’Institut; je vais le montrer. Je ne prétends pas qu’il n’y a pas de membres de l’Institut qui l’admirent...

M. le président de la Commission..—C’est la majorité.

M. de Lamarzelle.—Moi aussi j’admire certaines de ses œuvres, mais ce n’est pas une raison pour donner à leur auteur un musée in perpetuum, avant que le temps ait consacré sa gloire et pour faire en sa faveur une loi d’exception, une loi de privilège.

J’aborde la thèse de M. Lintilhac, ou plutôt l’exagération de cette thèse. Voici ce que disent les partisans de Rodin quand on leur parle de soumettre le maître au droit commun de tous les citoyens français et de tous les artistes français: «On veut obliger le maître à prendre rang dans la file des autres artistes, on ne reconnaît pas le droit du génie à un traitement exceptionnel.»

L’objection vient tout de suite à l’esprit: il y a eu d’autres génies en France que celui de Rodin: on les a fait attendre à la porte du Louvre, il n’a jamais été question de leur donner un musée in æternum de leur vivant. Mais les génies n’existent pas devant la gloire de Rodin; devant ce soleil les génies sont des lunes qui doivent s’effacer complètement. Ecoutez le rapporteur lui-même de la Chambre des députés: