«Il est bien vrai que l’État qui accueille au Luxembourg les plus belles œuvres des artistes vivants et qui offre la glorieuse hospitalité du Louvre à celles que le temps a consacrées ne saurait concéder une partie du domaine public à chacun des grands artistes qui sont l’ornement de ce pays...»—c’est ma thèse—«...mais ils peuvent accorder cette faveur à un génie unique, en retour d’un don unique».
Je ne veux pas multiplier les citations. M. Rodin est un génie, comme il n’y en a jamais eu, un génie devant lequel tous les autres s’effacent. Il faut faire une loi spéciale pour lui, parce qu’il n’y a jamais eu de Rodin dans le monde et qu’il n’y en aura jamais d’autres.
Messieurs, on a cité, en me le reprochant, un article que j’ai publié dans la presse, où j’ai traité de la «Rodinolâtrie».
M. le rapporteur.—On ne vous l’a pas reproché, car vous êtes le plus courtois des adversaires.
M. de Lamarzelle.—Pour montrer que je n’ai rien exagéré, je veux répéter ici une seule phrase d’un vœu présenté au Conseil municipal de Paris, et que je trouve dans le Bulletin municipal officiel du 6 avril 1914. M. Lampué, au nom de la 4e Commission s’exprime ainsi:
«Messieurs, l’univers jalouse la France, parce que nous possédons le plus prodigieux artiste que l’humanité ait jamais connu. Le Gouvernement de la République méconnaît l’honneur que les dieux nous ont fait, en ne chantant pas, comme il convient, le plus grand sculpteur que la terre ait jamais produit.»
M. Herriot.—Soyez bon: ne lisez pas cela! Cela fait un tel contraste avec votre raisonnement!
M. le rapporteur.—M. Gaudin de Villaine a déjà lu ce passage.
M. de Lamarzelle.—Vous trouvez que c’est accablant?
M. Le président de la Commission.—Non, c’est trop ridicule.