M. le sous-secrétaire d’État.—Cela prouve notre respect pour les grands artistes.

M. de Lamarzelle.—L’honorable rapporteur de la Chambre dit encore: «Il a vaincu toutes les résistances, il a soumis le public à son goût, qui est le bon.»

Répondant à une interruption, il ajoute: «Je parle de ses débuts. Mais depuis, tout le monde s’est incliné devant le génie de Rodin... Il suffit de voir la pétition de tous les artistes et de tous les littérateurs en faveur du musée Rodin.»

Il n’y avait aucune opposition des artistes ou des littérateurs à ce moment, cela se conçoit: le rapport avait été déposé, imprimé, distribué et discuté en quarante-huit heures.

Et puis, je dois le dire, il est dangereux de s’attaquer à M. Rodin: on est bafoué, injurié, lorsqu’on fait la moindre critique, lorsqu’on ne fait pas la génuflexion obligée devant le génie de M. Rodin. Les artistes ne sont pas habitués, comme nous, à recevoir les injures des journaux. Pour nous cela ne compte pas, cela n’existe pas, nous savons ce qu’en vaut l’aune, mais les artistes n’ont pas l’habitude de nos luttes.

Je ne m’étonnais pas, d’ailleurs, que lors de la discussion du projet de loi par la Chambre des députés, on n’opposât pas de protestations aux éloges dithyrambiques de la pétition présentée à la Commission. Voici comment l’on est traité lorsqu’on s’attaque à M. Rodin, ce sont des échantillons pris dans le rapport de la Chambre des députés: «amateur de poncif», «confrère médiocre», «sot». «Il néglige les sottises de ceux qui ont des yeux pour ne point voir»; «Béotien de Paris et d’ailleurs», «homme incapable d’une émotion», l’art académique, ajoute-t-on, ne produit que des fantômes».

Enfin, quand le temps lui a permis de se faire jour, la protestation est venue et elle est signée de noms d’artistes qui ont fait leurs preuves.

Ce sont MM. Luc-Olivier Merson, Antonin Mercié, Marqueste, Laloux, Denys Puech, Verlet, Dr Richet, Guiffrey, Babelon, Girault, Théodore Dubois, Jules Coutan, auxquels s’ajoutent, en dehors de l’Académie, ceux de MM. Lecomte du Nouy, Biard d’Aunet, Stanislas Meunier, Lionel Boyer, etc.

Et voici encore quelques échantillons des injures qu’on continue d’entendre:

«Tous les «pompiers» de l’Institut, gâcheurs de plâtre, forçats de l’obscurité, bagnards de la médiocrité...»