Dans cette discussion passionnée des deux côtés qui existe dans cette affaire et où il n’y a rien que cette question, je vous demande si l’État doit prendre parti. Il ne l’a jamais fait dans des discussions de ce genre. C’est M. Léon Bérard qui, à la Chambre des députés, dans un spirituel discours, a montré à quel point Delacroix avait été contesté de son temps; il vous a montré Louis-Philippe achetant des Delacroix et les faisant mettre au Luxembourg pour que le temps pût les faire juger.

Dans cette discussion, j’ai le regret de vous dire, non pas en mon nom personnel, ce que l’on pense de vous—et ce n’est certes pas à l’honorable M. Lintilhac que je m’adresse. Je vous lirai un article, non d’un journal passionné, mais d’un des journaux les plus graves, du journal grave par excellence, Le Temps, qui est l’organe des parlementaires.

Dans cet article très spirituel sur les «parlementaires», le rédacteur évoque l’ombre de Baudelaire. C’est une espèce de dialogue des morts entre Baudelaire et lui. Baudelaire arrive à mettre la question sur le projet de la donation Rodin, et voici ce qu’il dit:

«Il y a trente ans, vingt ans même, les députés eussent répliqué à la proposition qu’on vient de leur faire et qu’ils ont votée: «la postérité jugera: pour nous, ce n’est pas notre affaire.» A cette heure, au contraire, ils se sont dit: «la postérité nous jugera.» C’est peut-être très beau, les machines de ce M. Rodin; on ne sait jamais!

Et alors, d’une façon plutôt méchante, mais que je crois vraie, Baudelaire ajoute: «Sur les cinq cents élus qui ont attribué l’hôtel Biron aux œuvres de M. Rodin, il n’en est pas cinquante qui puissent se souvenir avoir vu une statue de cet éminent sculpteur; il n’en est certainement pas dix qui aient une opinion personnelle sur son talent.»

Je crois, messieurs, que c’est la moralité de ce débat.

Dans ces dix, monsieur Lintilhac, je vous comprends, je n’ai pas besoin de le dire.

M. le rapporteur.—Il y a bien quelques députés qui ont traversé le Palais-Royal et regardé le Panthéon!

M. le président de la Commission.—D’autres ont pu aller aussi au musée du Luxembourg.

M. de Lamarzelle.—J’arrive à un point que je n’aurais pas traité, mon cher collègue, si vous ne l’aviez pas introduit dans le débat.