A côté, voici un exquis petit torse de Vénus accroupie; un corps délicat, sans tête et sans bras, et c’est tout rayonnant de lumière.

Ailleurs, un autre torse se dresse, bras, jambes et tête disparus; mais quelle joie dans ce marbre gonflé de soleil!

Dans une des grandes vitrines, considérez aussi tant de pierres sculptées, des bas-reliefs babyloniens, des pierres du Sérapéum et de l’époque Saïte, profils de guerriers, de dieux, de prêtres et d’oiseaux sacrés.

Et, au milieu de toute cette noblesse, le comique grimacement de petits ivoires japonais nargue, semble-t-il, d’élégantes statuettes de dieux, parées d’attributs.

Mais le fervent amoureux des églises de France a placé également ici une Vierge en pierre tenant l’enfant Jésus; et elle ne choque assurément pas parmi ces autres déesses cambodgiennes, patinées et rongées par le temps.

Comme tout cela est ordonné, du reste! C’est un véritable musée, dont il est bien impossible de détailler, ailleurs qu’en un catalogue, toutes les richesses. Cette collection qui s’accroît sans cesse, Rodin la commença, voilà une quinzaine d’années, alors qu’une fatigue nerveuse avait en quelque sorte bouclé son formidable effort. Pour échapper à cet ennui physiologique, il se mit à visiter les antiquaires; et il faut bien croire, je le répète, qu’il mit quelque discernement à déjouer les ruses et à éventer les trucs de ces aimables forbans, pas toujours, après tout, constamment filous; ou, alors, il faut admettre ceci, que les musées, dirigés par des gens un peu moins forts que Rodin, avouons-le! ne contiennent que des «tiares de Saïtapharnès»;—et si l’on a pu apporter «d’authentiques merveilles» à ces messieurs les conservateurs, nous ne voyons pas pourquoi Rodin n’a pas été, de temps en temps, si vous ne nous accordez que cela, également favorisé.

HOTEL BIRON.
LE GRAND ATELIER
Cl. Lémery

Et puis, il y a, à l’hôtel Biron, quelques-unes de ses propres œuvres, et elles suffisent, celles-là, pour former la plus inestimable des collections. J’ai vu bien des saisons à l’hôtel Biron. J’y ai vu le printemps et tous les pommiers du jardin en fleurs; j’y ai vu l’automne, et aussi l’hiver et encore l’été, au moment où la terre sue vraiment une verdure grasse et éclatante; eh bien! toujours, j’ai compris que Rodin devait venir ici et y travailler. C’est bien là la demeure tranquille d’un maître épris de solitude.