Paris, le 6 octobre 1916.
«A Auguste Rodin.
«Le Comité de la Société nationale des Beaux-Arts adresse à l’illustre président de sa section de sculpture, Auguste Rodin, ses plus chaleureuses félicitations pour le don splendide qu’il fait à la France, de la totalité de son œuvre et de ses collections. Il saisit cette occasion pour exprimer une fois de plus l’admiration qu’il professe pour le grand artiste qui a contribué si glorieusement au succès des expositions de la Société nationale. Tous ses confrères du Comité estiment que les pouvoirs publics rendront un magnifique et juste hommage à l’art français tout entier en acceptant le don du grand sculpteur.
«Pour le Comité:
«Roll,
«président de la Société nationale
des Beaux-Arts.»
Voici la lettre adressée de Rome—cette ville est loin des passions, des intrigues—par un homme dont vous ne suspecterez pas le témoignage, Albert Besnard, directeur de l’Académie de France à Rome: il n’est pas révolutionnaire celui-là!
17 octobre 1916.
«Mon cher Rodin,
«J’étais persuadé que l’offre généreuse que vous fîtes au pays de l’ensemble de votre œuvre était définitivement acceptée. Or, j’apprends, à mon arrivée à Paris, que tout n’est pas officiellement conclu encore et qu’en outre quelques objections isolées se sont élevées contre ce projet.
«Je tiens, mon cher ami, à vous appuyer de toute l’autorité que peut avoir un artiste vis-à-vis de l’opinion et des pouvoirs publics. Je tiens, surtout, à vous dire combien je suis heureux de penser que les générations à venir pourront admirer l’ensemble d’une œuvre admirable qui fut un tel enseignement pour celle-ci et qui porta le renom de notre statuaire française au delà de toutes les frontières, et par delà les mers.