«Toujours bien à vous de cœur.
«A. Besnard.»
Voici une lettre de M. Frantz Jourdain, président du Salon d’automne. Voilà l’adresse de l’Association de l’«art français», signée de son président M. Rosenthal. Voici la Société des peintres et graveurs. Voici le président de la Société des peintres orientalistes français.
Et alors voici des noms—je ne les lis pas tous au Sénat. Ce sont de longues listes d’artistes qui viennent en cortège accompagner ici cette gloire nationale qu’est Rodin; ce sont, entre autres, MM. Elemir Bourgès et Paul Margueritte, membres de l’Académie des Goncourt; Gabriel Seailles, professeur à la Sorbonne; Le Dantec; Raymond Kœchlin, président des amis du Louvre; Gabriel Mourey, conservateur du musée de Compiègne; Armand Dayot, inspecteur général des Beaux-Arts; Couyba, président de la Société de l’«Art à l’école»; c’est le Comité des artistes français.
A cette liste, je pourrais ajouter des centaines d’autres noms. Je ne veux pas faire perdre son temps au Sénat. Il n’y a pas jusqu’au nom du grand poète Verhaeren qui ne soit sur cette liste.
M. Gaudin de Villaine.—Il y en a autant de l’autre côté de la barricade.
M. le sous-secrétaire d’État.—Je ne sais pas s’il y en a autant de l’autre côté de la barricade. Je n’en ai vu que dix-sept ou dix-huit. J’attendais une seconde liste, je ne l’ai jamais vue paraître. Mais ce que je dis, en réponse à M. Gaudin de Villaine, c’est que Rodin n’est pas l’homme d’un parti, puisque depuis M. Barrès jusqu’aux hommes les plus avancés en politique comme en art, tout le monde a signé et demande au Sénat d’adopter le projet.
Dans ces conditions, ce serait faire injure au Sénat d’insister davantage. Le don que nous fait cet homme à la fin de sa vie, à l’heure où il pense à son pays, permettez-moi de dire qu’il vient à son heure. Je n’accepte pas le reproche que vous nous avez apporté que le projet viendrait à un moment particulièrement malencontreux. Permettez-moi de répéter ce que disait tout à l’heure, avec force et éloquence, M. le rapporteur de la Commission: ce n’est pas au moment même où l’art français, le goût français, la culture française ont été violemment attaqués de l’autre côté des frontières, où tant de chefs-d’œuvre français ont été détruits, où les obus pleuvent sur les chefs-d’œuvre de notre sculpture et de notre architecture, que la France va repousser du pied ce que n’importe quel pays du monde accepterait avec reconnaissance. (Très bien! très bien! et vifs applaudissements.)
M. le président.—Si personne ne demande plus la parole, je consulte le Sénat sur le passage à la discussion de l’article unique du projet de loi.
Il a été déposé sur le bureau une demande de scrutin signée de MM. Gaudin de Villaine, Charles Riou, Brindeau, Guilloteaux, Rouland, de Las Cases, Leblond, Brager de la Ville-Moysan, Martell, de la Jaille, de Lamarzelle, Audren de Kerdrel, Fabien Cesbron et Bodinier.