Les Barbares se tournèrent de ce côté, et comme la foule s'écartait, il apparut au milieu d'elle, s'avançant avec la lenteur d'un fantôme, un être humain tout courbé, maigre, entièrement nu, et caché jusqu'aux flancs par de longs cheveux hérissés de feuilles sèches, de poussière et d'épines. Il avait autour des reins et autour des genoux des torchis de paille, des lambeaux de toile; sa peau molle et terreuse pendait à ses membres décharnés, comme des haillons sur des branches sèches; ses mains tremblaient d'un frémissement continu, et il marchait en s'appuyant sur un bâton d'olivier.
Il arriva auprès des Nègres, qui portaient les flambeaux. Une sorte de ricanement idiot découvrait ses gencives pâles; ses grands yeux effarés considéraient la foule des Barbares autour de lui.
Mais, poussant un cri d'effroi, il se jeta derrière eux, et il s'abritait de leurs corps; il bégayait: «Les voilà! les voilà!» en montrant les gardes du suffète, immobiles dans leurs armures luisantes. Leurs chevaux piaffaient, éblouis par la lueur des torches: elles pétillaient dans les ténèbres; le spectre humain se débattait et hurlait:
«—Ils les ont tués!»
A ces mots qu'il criait en baléare, des Baléares arrivèrent et le reconnurent; sans leur répondre il répétait:
«—Oui, tués tous, tous! écrasés comme des raisins! Les beaux jeunes hommes! les frondeurs! mes compagnons, les vôtres!»
On lui fit boire du vin, et il pleura; puis il se répandit en paroles.
Spendius avait peine à contenir sa joie,—tout en expliquant aux Grecs et aux Libyens les choses horribles que racontait Zarxas; il n'y pouvait croire, tant elles survenaient à propos. Les Baléares pâlissaient, en apprenant comment avaient péri leurs compagnons.
C'était une troupe de trois cents frondeurs, débarqués la veille, et qui, ce jour-là, avaient dormi trop tard. Quand ils arrivèrent sur la place de Khamon, les Barbares étaient partis, et ils se trouvaient sans défense, leurs balles d'argile ayant été mises sur les chameaux avec le reste des bagages. On les laissa s'engager dans la rue de Satheb, jusqu'à la porte de chêne doublée de plaques d'airain; et le peuple, d'un seul mouvement, s'était poussé contre eux.