Ou les dîners en ville:
Mais vous n’attendez pas sans doute que j’expose
Comment de ces repas le menu se compose:
Sur la table, au début, figure le dessert.
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Hélas! tous ces plaisirs ne sont pas sans dépense;
L’hiver, au citadin, coûte plus qu’on ne pense[6]!
Ou les merveilles de l’industrie moderne:
On peut, dès à présent, avec bien moins de frais,
Par des trains de plaisir disposés tout exprès,
Visiter en huit jours la Suisse ou la Belgique
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Et lorsque de Lesseps, après de longs efforts,
De l’isthme de Suez aura percé les bords,
Le touriste pourra, sans craindre la distance,
Comme on part aujourd’hui pour faire un tour en France,
Aller jusque dans l’Inde ou l’extrême Orient,
Faire un voyage d’agrément[7]!
Faites-le! faites toujours de pareils bonbons! Faites même des drames, vous qui discernez si bien la forme de la conception dramatique,—et soyez sûr, honorable monsieur, que votre réputation, «fût-elle suffisamment établie», et bien que vous ressembliez à Louis Bouilhet, car votre «talent», à vous aussi, n’est pas «à l’abri de toute critique», et vous n’êtes non plus ni «un écrivain original», ni un «auteur de premier ordre», jamais on ne vous appellera «un élève» même «heureux d’Alfred de Musset»!
Sur ce point, d’ailleurs, votre mémoire est en défaut. Un de vos collègues à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen n’a-t-il pas débité, dans la séance publique du 7 août 1862, un éloge pompeux de Louis Bouilhet? Il le mettait très haut comme auteur dramatique, et le défendait si bien d’être un imitateur d’Alfred de Musset, qu’ayant moi-même à dire la même chose dans la préface de Dernières Chansons, je n’ai eu qu’à me rappeler, ou plutôt qu’à copier, les phrases mêmes de mon vieil ami Alfred Nion, le frère de M. Émile Nion, l’adjoint, celui qui manque de témérité!
Que craignez-vous donc, ô adjoint chargé spécialement des beaux-arts? «L’encombrement sur vos places publiques?»
Mais les poètes comme celui-là (ne vous en déplaise) ne sont pas précisément innombrables.
Depuis que vous avez refusé d’accepter son buste, malgré le don de notre fontaine, vous avez perdu un des vôtres, votre adjoint, M. Thubeuf; je ne voudrais rien dire de messéant, ni outrager le deuil d’une famille que je n’ai pas l’honneur de connaître, mais il me semble que, dès maintenant, Nicolas-Louis-Juste Thubeuf est aussi ignoré qu’un Pharaon de la vingt-troisième dynastie,—tandis que le nom de Bouilhet s’étale aux vitrines de toutes les librairies de l’Europe, qu’on monte Aïssé à Saint-Pétersbourg et à Londres, et que ses pièces seront jouées et ses vers réimprimés dans six ans, dans vingt ans, dans cent ans peut-être et au delà.
Car on ne vit dans la mémoire des hommes que si on leur a donné de grands amusements ou rendu de grands services. Vous n’êtes pas faits pour nous fournir les uns; accordez-nous les autres.