Ainsi, tout seul, devisant en moi-même, je restais accoudé, savourant la nuit douce et me trempant avec plaisir dans l’air froid du matin qui rafraîchissait mes paupières. Petit à petit, le jour venait; la chandelle allongeait sa mèche noire dans sa flamme pâlissante. Le pignon des halles a paru au loin, un coq a chanté; l’orage avait fui; quelques gouttes d’eau cependant tombées sur la poussière de la rue y faisaient de grosses taches rondes. Comme je m’assoupissais de fatigue, je me suis recouché et j’ai dormi.
Nous nous en allâmes fort tristes de Combourg, et puis la fin de notre voyage approchait. Bientôt allait finir cette fantaisie vagabonde que nous menions depuis trois mois avec tant de douceur. Le retour aussi, comme le départ, a ses tristesses anticipées qui vous envoient, par avance, la fade exhalaison de la vie qu’on traîne.
LA DANSE DES MORTS
«Que de mots pour si peu de choses!»
(Épigraphe universelle.)
Mort fait finalement,
Tous aller au jugement.
(Danse des morts.)
1838.
Cette œuvre est conçue dans le genre du poème en prose et tout imprégnée du romantisme dont Gustave Flaubert subissait alors l’influence puissante. Après une courte évocation, un colloque a lieu entre Jésus et Satan qui, pour convaincre Jésus de l’omnipotence du mal, finit par l’entraîner sur la terre. Au fond d’une nuit fantastique, la foule des trépassés ressuscite et quelques-uns, tour à tour, s’en détachent, pour se plaindre ou se glorifier dans un chant, comme l’ont fait eux-mêmes, les premiers, la Mort et Satan après elle.